Éloge du mensonge : La fiction ne doit pas mentir ?

Source: http://non-mondaine.org Éloge du mensonge : La fiction ne doit pas mentir ?
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« Mentir ne consiste pas à dire quelque chose de faux, mais à dire le faux en mentant et en vue de tromper un proche »
Stobée, Eclogae, II,7

Mentir c’est affirmer quelque chose que l’on sait ne pas être vrai. Il n’y a donc pas mensonge si l’on pense que ce que l’on dit est Vrai.

Il faut alors connaitre le Vrai pour « pouvoir » mentir. Dans le cas contraire, nous sommes seulement dans l’Erreur.

Pourquoi ne faudrait-il donc pas mentir ?
Pour ne pas donner à l’Autre une image déformée du Réel ? Mais toute image du Monde est une déformation du Réel !
Si le philosophe antique enjoint de ne pas mentir, c’est que sa vision de la Vérité rejoint l’Un : Pour lui, la Vérité est Une et indivisible. Le philosophe contemporain, même s’il n’est pas corrélationiste, ne peut plus penser la Vérité comme « définitivement et absolument » définie, car il sait le Monde halluciné. Le malin génie de Descartes est à l’oeuvre en permanence, et, s’il ne peut créer le Monde, il le voile et le dévoile pour nous le faire voir tel qu’il n’est pas : « en soi ».

Dans un Monde où la Vérité ne peut être dite depuis le Réel (toujours radicalement autre) et ne peut que suivre la trajectoire mondaine de la Vérité Temporelle, toute affirmation est relative à cette trajectoire. En conséquence, elle est « en soi » un mensonge (ou du moins une hallucination) depuis le Réel.
« ne pas Mentir » est, de ce fait, non seulement une injonction éthique arbitraire (la Vérité est meilleure que la Fausseté/le Mensonge), mais une impossibilité pratique.

La question que pose alors le mensonge, n’est pas « faut-il ou ne faut-il pas mentir », mais « comment ne pas mentir plus qu’il ne faut ? »

La véritable raison de l’interdiction éthique est sociale. L’Homme n’est pas omniscient, il ne sait pas tout. Il doit donc apprendre des Autres. Mais si l’Autre le trompe et qu’il s’en rend compte, la Société, comme lien de confiance entre des individus, disparait.

il y a donc « trop de mensonge » lorsque l’on trompe et que l’Autre s’en rend compte.
Le politique l’a bien compris qui trompe de manière telle que l’Autre ne puisse jamais être sûr d’être trompé. Le doute le mine, mais la société demeure.

Le Story telling, la Fiction, est alors l’outils qui construit un Monde où le mensonge peut évoluer sans jamais être contredit. Non seulement la fiction peut mentir, mais elle doit mentir pour avoir la valeur du « pour de Vrai » dont s’interpellent les enfants.

La fiction est un mensonge en parole, puisque qu’aucun mensonge ne peut altérer le Réel. Le Réel qui ne peut être déterminé comme absolu et définitif, ne pourrait être altéré que par un mensonge qui le rendrait « absolu et définitif » : en soi.

Mais le mensonge n’est capable que de le cacher, le nier, l’obturer :

Et c’est cela qui le détermine comme mensonge. Un mensonge qui altérerait le Réel, rendrait ce Réel en accord avec lui-même et deviendrait ipso-facto une Vérité absolue !

« la fiction doit mentir, mais mentir vrai : pas trop »

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