Éloge du mensonge : La fiction ne doit pas mentir ?

« Mentir ne consiste pas à dire quelque chose de faux, mais à dire le faux en mentant et en vue de tromper un proche »
Stobée, Eclogae, II,7

Mentir c’est affirmer quelque chose que l’on sait ne pas être vrai. Il n’y a donc pas mensonge si l’on pense que ce que l’on dit est Vrai.

Il faut alors connaitre le Vrai pour « pouvoir » mentir. Dans le cas contraire, nous sommes seulement dans l’Erreur.

Pourquoi ne faudrait-il donc pas mentir ?
Pour ne pas donner à l’Autre une image déformée du Réel ? Mais toute image du Monde est une déformation du Réel !
Si le philosophe antique enjoint de ne pas mentir, c’est que sa vision de la Vérité rejoint l’Un : Pour lui, la Vérité est Une et indivisible. Le philosophe contemporain, même s’il n’est pas corrélationiste, ne peut plus penser la Vérité comme « définitivement et absolument » définie, car il sait le Monde halluciné. Le malin génie de Descartes est à l’oeuvre en permanence, et, s’il ne peut créer le Monde, il le voile et le dévoile pour nous le faire voir tel qu’il n’est pas : « en soi ».

Dans un Monde où la Vérité ne peut être dite depuis le Réel (toujours radicalement autre) et ne peut que suivre la trajectoire mondaine de la Vérité Temporelle, toute affirmation est relative à cette trajectoire. En conséquence, elle est « en soi » un mensonge (ou du moins une hallucination) depuis le Réel.
« ne pas Mentir » est, de ce fait, non seulement une injonction éthique arbitraire (la Vérité est meilleure que la Fausseté/le Mensonge), mais une impossibilité pratique.

La question que pose alors le mensonge, n’est pas « faut-il ou ne faut-il pas mentir », mais « comment ne pas mentir plus qu’il ne faut ? »

La véritable raison de l’interdiction éthique est sociale. L’Homme n’est pas omniscient, il ne sait pas tout. Il doit donc apprendre des Autres. Mais si l’Autre le trompe et qu’il s’en rend compte, la Société, comme lien de confiance entre des individus, disparait.

il y a donc « trop de mensonge » lorsque l’on trompe et que l’Autre s’en rend compte.
Le politique l’a bien compris qui trompe de manière telle que l’Autre ne puisse jamais être sûr d’être trompé. Le doute le mine, mais la société demeure.

Le Story telling, la Fiction, est alors l’outils qui construit un Monde où le mensonge peut évoluer sans jamais être contredit. Non seulement la fiction peut mentir, mais elle doit mentir pour avoir la valeur du « pour de Vrai » dont s’interpellent les enfants.

La fiction est un mensonge en parole, puisque qu’aucun mensonge ne peut altérer le Réel. Le Réel qui ne peut être déterminé comme absolu et définitif, ne pourrait être altéré que par un mensonge qui le rendrait « absolu et définitif » : en soi.

Mais le mensonge n’est capable que de le cacher, le nier, l’obturer :

Et c’est cela qui le détermine comme mensonge. Un mensonge qui altérerait le Réel, rendrait ce Réel en accord avec lui-même et deviendrait ipso-facto une Vérité absolue !

« la fiction doit mentir, mais mentir vrai : pas trop »

« Ce qui n’est pas »

réflexion d’aprés « That Which is Not: Philosophy as entwinement of Truth and Negativity » Ray Brassier American University of Beirut

Vérité et force
La Vérité est mondaine, elle nécessite pour s’exprimer un monde (décisions) et des Valeurs sur ce monde. Mais le concept de force n’échappe pas non plus à la mondanité, même si cette fois, il en existe une forme radicalement réelle.

La force, comme rapport de deux identités, est à la fois, le rapport de deux identités identifiées, et le rapport générique qu’est leur mise en rapport en Réel, dans la pratique.
Le rapport de la Vérité à l’Etre du Monde (dont l’on peut créditer Parménide) est un rapport de force, la force d’un rapport. Il exprime un pouvoir mondain : le dire le vrai sur l’Etre du Monde. Mais n’est pas pour autant un dire Réel.

Etre et pensée sont le même – même s’il s’agit ici d’une traduction inadéquate, une meilleure traduction étant « être et pensée ont un même ‘est' » (dans un contexte plus moderne, nous dirions « en dernière instance ») – n’implique pas l’identité de la Vérité et du Monde. La Vérité est en rapport au Monde. Elle n’est pas le Monde en identité.

La contradiction platonicienne qui donne un « être » à ce qui n’est pas, se résout si l’on considère, que l’est du « n’est pas » n’est pas le même « est » que l' »est » du « est ».

La négation ne peut être déterminée qu’en Monde. Elle nécessite un Monde déterminé où l’opposition de deux êtres est pré-définie.
Nous sommes tellement habitués à la côtoyer que nous la pensons intrinsèque au Réel, mais il suffit de changer de culture pour voir de nouvelles négations « naturelles » apparaître.

Si nous définissons l’Etre comme « ce qui a des conséquences », l’être du non-être est l’Être de ce qui, absent, fantasme ou illusion, a des conséquences. Ce qui n’a absolument aucune conséquence n’est pas (avec la difficulté philosophique que n’avoir aucune conséquence (hors de l’absoluité) est en soit une conséquence.)

L’apparence, l’illusion, ne définie pas une absence d’être, mais au contraire une profusion. Un trop d’identité en cette fois ci. L’identité est une-fois-chaques-fois et par conséquent mouvante, elle est donnée par une pratique en Monde à chaque fois qu’elle est nécessaire mais unitairement. L’illusion, quand à elle, définie à chaque identification une multitude.

En ceci nous nous distinguerions du sophiste qui nie également la négation du « est ». Mais qui la nie comme n’étant pas alors que nous la revendiquerions comme étant autre. Car la négation n’est que Mondaine.

La pensée du non-être est une des nombreuses hallucinations mondaines, qui bien ne pouvant être en identité (Réel), peut être pratiquée en Monde.

Mais cette pratique ne dit rien du statut de vérité de cette identité. Une hallucination comme une illusion peut parfaitement participer à une proposition vrai. Ainsi dire « je vois un chameau flotter dans l’air » peut être une proposition vrai. Et dire « j’ai halluciné un éléphant rose » aussi.

Ce qui donne le statut de vérité á une proposition est son rapport á un Monde donné. Dans un autre Monde, ou dans un autre rapport, la proposition ne serait plus vraie.

Il n’y a plus de copie ou d’original, mais des rapports. Dans un texte – référence de la philosophie-, il n’y a que des rapports textuels !

Mais alors, si « être » et « non-être » se définissent tous deux d’après leur capacité à avoir des conséquences, qu’est ce qui les différencient entre eux ?

Ces conséquences elle-mêmes !
Ce qui différencie A de non-A, est qu’il existe une conséquence de A qui est définie en ce Monde comme la négation d’une conséquence de non-A. Car ce qui défini la négation est ce qui sépare l’Etre du non-être, et non pas la « nature » de l’Etre. (contrairement à ce qui pourrait être pour la matière et l’anti- matière par exemple). Le non-être n’est pas l’anti-Etre que leur rencontre annihilerais).

Cette négation de deux conséquences doit être déterminée au préalable (par exemple le blanc est la négation du noir). On voit bien que cette détermination est arbitraire (et culturelle). Cela participe au jeu de langage en cours de pratique, mais comme celui-ci est dynamique (ce que Turing nommerais une machine-oracle), de nouvelles négations peuvent toujours être déterminées, tant qu’elles le sont préalablement á leur pratique).

Toute détermination d’une négation est une croyance, puisque Mondaine. Ce qui signifie seulement que l’on peut en définir d’autres (dans un autre Monde). Parler de « croyances fausses » nécessite de se positionner dans un de ces Autres Mondes. Mais elles ne sont alors fausses que relativement á cet Autre Monde.

Le Réel, immanence radicale, nous assure que la détermination d’un Monde Ultime – où la Vérité serait définitivement Vraie – n’est pas possible. Le Monde est décision, mais le Réel n’est ni Vrai ni Faux. Il est (seulement) Réel.

Le Monde est halluciné, et pourtant il fait mal. Car son identité de dernière instance est Réelle. Le Réel est résistance. Il est ce qui permet au rapport d’entrer en pratique.

Alors, l’Etre est-il mobile ou immobile ?
La question- pour peu qu’elle est un sens -ne peut être résolue. Comme identité mondaine, l’Etre apparaît immobile, mais comme rapport en Réel, il est incessamment changeant. L’Etre est un mobile immobilisé.

La Science, comme accumulation de savoir, est bien mal placée pour connaitre de l’Etre. elle n’accède qu’à sa part mondaine. La technique, avec son aspect dynamique, lui permet d’apercevoir un au- delà. mais sans véritablement y accéder.

La différence entre un conte de Noël et un fait scientifique, ne peut plus dépendre de son rapport au Réel : tous les deux y ont accès ; mais à la trajectoire qu’il faut suivre pour y parvenir.
« Un homme a marché sur la lune » était un conte il y a seulement 50 ans.
Ce qui a changé ?
c’est « qu’un homme a marché sur la lune » !
Cela signifie que sur cette trajectoire, la valeur Vrai à été affectée à cette proposition en utilisant les critères du moment.
Si cette trajectoire se voyait modifiée, par exemple par l’oubli ou la contradiction, cette affirmation redeviendrait un conte. Le fait qu’une trace de pas y soit resté n’en modifierais pas l’Etre ou la Vérité. (Sauf à faire de nouveau parti d’une nouvelle trajectoire).

Alors un loup-garou est équivalent au boson de Higgs ?
Non, car ils ne participent pas à la même trajectoire, mais oui quand à leur rapport au Réel ! Au sein du Monde que nous pratiquons, ils se distinguent, mais en dernière identité, ils sont tous deux hallucinés. (non pas parce qu’ils seraient, en quelque sorte, faux, mais parce que le Réel sera toujours Autre.)

La place de l’objet : dans ou de l’espace ?

Poser la question de la place de l’Objet peut sembler étrange tellement la réponse paraît évidente. Il nous semble aisé d’y répondre, car nous donnons la même place au Sujet (que nous sommes).

Mais regardons y de plus pres :
que veux dire « la place de l’objet est dans l’espace » ?
cela signifie, que l’espace entoure l’objet, et donc qu’il y a un lieu où l’espace cesse pour que l’objet commence…
Si l’objet est « dans » l’espace, alors il y a de l’espace et il y a de l’objet « en-soi », quelque chose que l’on peut identifier comme « cet » Objet et qui n’est pas l’espace où « est » cet Objet. Mais alors ce qui est de l’Objet, n’est pas de l’espace, l’espace ne le traverse pas.
Là où commence l’objet cesse l’espace.
Mais dans ce cas, l’Objet ne pourrait être mesuré (comme distance, longueur, largeur, hauteur…) que depuis son extérieur, sa circonférence…
Clairement, cela n’est pas compatible avec les objets que nous connaissons dont la mesure est tout autant intérieure qu’extérieure….

Alors peut-être que l’Objet n’est qu’une limite, une coque. L’espace s’arrêterait alors à cette surface puis reprendrait sur son « autre » bord intérieur. Se pose alors la question des objets pleins, dont l’intérieur ne peut être différencié de la surface. Cet intérieur plein de l’Objet reste accessible à la mesure de la même manière qu’un intérieur vide.

Alors si ce n’est pas la limite intérieure-extérieure qui arrête l’espace pour commencer l’Objet, à quoi sait-on que l’objet commence ?
Il n’y a pas de point de l’Objet qui ne soit qu’objet et qui ne soit pas « aussi » de l’espace. Ce que l’on peut démontrer en commençant une mesure à l’extérieur d’un objet et en la finissant à l’intérieur de l’objet. S’il y avait deux espaces, nous aurions dû nous y prendre en deux opérations, ce qui n’est pas le cas :
Le même espace court de l’extérieur à l’intérieur de l ‘objet en passant par sa limite, son bord.

Si l’on ne peut déterminer de points qui ne soit que de l’objet, c’est que l’objet n’est pas dans l’espace, mais soit auprès (à coté, au dessus, au dessous…) soit de l’espace…
La première hypothèse pose les mêmes problèmes que la question originelle : si l’objet est auprès de l’espace, il doit y avoir un point de contact où l’on peut déterminer ce qui est de l’espace et ce qui est de l’objet. Dans le cas contraire, nous ne pourrions déterminer où est l’objet dans cet espace…

Cela pose en dernière instance l’objet comme « de l’espace ». Si l’objet est de l’espace, c’est que ce qui le détermine comme objet, n’est pas dans sa nature d’objet, mais dans sa pratique d’identification, dans la convention qui le détermine.
Nous remarquerons cependant, que ça ne le rend pas moins « Réel » pour autant, mais seulement plus « approximatif ».

La question devient : comment séparer l’Objet du vide environnant ?

L’observateur générique détermine le temps générique en mémorisant un mouvement en distance (dans un mouvement cyclique en comptant le nombre de cycles, dans un mouvement rectiligne en comptant une distance depuis une origine), ce que nous appelons habituellement une Horloge.
Mais il détermine également un espace vide en l’établissant comme la juxtaposition discrète d’un nombre constant de dimensions. Par exemple, un espace à 3 dimensions est la juxtaposition de cellules à 3 dimensions.

Nous avons défini un espace générique comme un espace pouvant avoir localement un nombre variable de dimensions, c’est à dire une juxtaposition de cellules à 1 dimension qui voisinent avec des cellules à 2,3,4 ou plus dimensions.

Le rapport de l’espace générique à l’espace de l’observateur détermine un Monde en creux et en bosses, en manques et en excès, un Monde auquel l’observateur peut donner sens. Un Monde philosophable.

L’Observateur générique

Une Vision-en-Un d’un autre temps et d’un autre espace.

Pour un observateur superficiel, la vérité scientifique est hors des atteintes du doute; la logique de la science est infaillible et, si les savants se trompent quelquefois, c’est pour en avoir méconnu les règles.

Les vérités mathématiques dérivent d’un petit nombre de propositions évidentes par une chaîne de raisonnements impeccables ; elles s’imposent non seulement à  nous, mais à  la nature elle-même. Elles enchaînent pour ainsi dire le Créateur et lui permettent seulement de choisir entre quelques solutions relativement peu nombreuses. Il suffira alors de quelques expériences pour nous faire savoir quel choix il a fait. De chaque expérience, une foule de conséquences pourront sortir par une série de déductions mathématiques, et c’est ainsi que chacune d’elles nous fera connaître un coin de l’Univers.

Voilà  quelle est pour bien des gens du monde, pour les lycéens qui reçoivent les premières notions de physique, l’origine de la certitude scientifique. Voilà  comment ils comprennent le rôle de l’expérimentation et des mathématiques. C’est ainsi également que le comprenaient, il y a cent ans, beaucoup de savants qui rêvaient de construire le monde en empruntant à  l’expérience aussi peu de matériaux que possible.

Quelques personnes ont été frappées de ce caractère de libre convention qu’on reconnaît dans certains principes fondamentaux des sciences. Elles ont voulu généraliser outre mesure et en même temps elles ont oublié que la liberté n’est pas l’arbitraire. Elles ont abouti ainsi à  ce que l’on appelle le nominalisme et elles se sont demandé si le savant n’est pas dupe de ses définitions et si le monde qu’il croit découvrir n’est pas tout simplement créé par son caprice. Dans ces conditions, la science serait certaine, mais dépourvue de portée.

Pourquoi donc ce jugement s’impose-t-il à  nous avec une irrésistible évidence ? C’est qu’il n’est que la formation de la puissance de l’esprit qui se sait capable de concevoir la répétition indéfinie d’un même acte dès que cet acte est une fois possible. L’esprit a de cette puissance une intuition directe et l’expérience ne peut être pour lui qu’une occasion de s’en servir et par là  d’en prendre conscience.

L’induction mathématique, c’est-à -dire la démonstration par récurrence, s’impose au contraire nécessairement, parce qu’elle n’est que l’affirmation d’une propriété de l’esprit lui-même.

De la célèbre formule, « le continu est l’unité dans la multiplicité », la multiplicité seule subsiste, l’unité a disparu.

Les axiomes géométriques ne sont donc ni des jugements synthétiques à priori, ni des faits expérimentaux.

Ce sont des conventions;

Dès lors, que doit-on penser de cette question : La géométrie euclidienne est-elle vraie ? Elle n’a aucun sens.

L’expérience est la source unique de la vérité : elle seule peut nous apprendre quelque chose de nouveau ; elle seule peut nous donner la certitude. Voilà  deux points que nul ne peut contester

Les faits tout nus ne sauraient donc nous suffire ; c’est pourquoi il nous faut la science ordonnée ou plutôt organisée.

il ne suffit pas qu’une théorie n’affirme pas des rapports faux, il faut qu’elle ne dissimule pas des rapports vrais

C’est un malheur pour une science de prendre naissance trop tard; quand les moyens d’observation sont devenus trop parfaits. C’est ce qui arrive aujourd’hui à  la physico-chimie ; ses fondateurs sont gênés dans leurs aperçus par la troisième et la quatrième décimale ; heureusement, ce sont des hommes d’une foi robuste.

Poincaré, La Science et l’hypothèse, 1917

« Ce n’est pas parce que le papillon rêve que le réel n’est plus le réel ».

C’est en ces termes que la non-philosophie pourrait affirmer l’immanence radicale : le Réel, ne nécessite pas l’Autre, l’observateur, le sujet pour être le Réel et cet autre, cet observateur, ce sujet, et son objet sont « en Réel » philosophiques. Par contre, quelque soit les définitions, observations, mise en avant, que l’on puisse faire du Réel, une définition, observation, mise en avant, différente, voir contradictoire pourra toujours être faite, par la suite, sans empêcher le Réel d’être Réel, ni le changer en quoi que ce soit.

Si Michel Henry, définissait l’immanence comme l’essence de la transcendance, ce qui pose l’immanence dans un rapport de fondement de la transcendance, la non-philosophie ne considère pas l’immanence radicale comme fondatrice. Pour elle, la transcendance est l’anima de la pratique : la pratique « en pratique ». Dans cette optique, la transcendance doit être vue comme un mouvement. Le mouvement qui donne, qui donne avec donation depuis la philosophie mais toujours « sans-donation » en Réel. Un mouvement qui cause l’apparence d’un avant et d’un après, mais sans que rien ne soit ajouté ou soustrait du Réel, comme l’onde d’une vague dans les profondeurs de l’océan.

En non-philosophie classique, la science est sensée avoir un accès privilégié au Réel, accès que la philosophie doit acquérir. Mais cet a priori est en définitive discutable et non nécessaire à la pratique non-philosophique. Car la science n’est pas plus précise que la philosophie sur l’immanence, elle qui croit pratiquer seulement dans une transcendance, une transcendance qui se refuse l’origine et le but : Une transcendance tronquée à l’expérience, à l’expérimental. Elle pose sur le Réel un regard, en définitive, philosophique (à travers des modèles, des simplifications et des hypothèses).

Si la non-philosophie est unique – puisque seulement usage de moyens qui pratiquent en immanence radicale – cette pratique donne dans la multiplicité (des non-philosophies occasionnales) qui apportent à l’expérience sa généricité.

Pour la non-philosophie, le Temps et l’espace ne sont pas des prérequis à la pratique en Réel. Il n’est, alors, plus nécessaire de les considérer autrement que comme des « matériaux philosophiques » qui ne sont Réels qu’en dernière-identité.

  1. Prolégomènes : La posture non-philosophique

La non-philosophie affirme que ce qui permet de l’identifier spécifiquement, de la distinguer de la philosophie classique, est sa posture. Une posture n’est pas une idée ou un concept, ce n’est pas une théorie ou un modèle, c’est une manière d’être au monde.

Cette posture peut s’exprimer :

Réel, immanence radicale, donné-sans-donation et dans le même geste la-philosophie en Réel”

  1. Le Donné-sans-donation

le Donné-sans-donation est ce qui est le plus radicalement loin des opérations de cause et de causalité, ce qui n’est que dans la pratique du Don (ce qui est donné), sans qu’il n’y ait de pratique du donneur, du receveur, d’un tiers ou de tout autre mixte entre le Don (ce qui est donné) et la pratique de ce Don. Le Donné-sans-donation détermine ce qui est donné sans aucun pli philosophique de cette détermination à une cause ou une causalité autre.

  1. La-philosophie

La-philosophie (avec un tiret) exprime chaque philosophie une-fois-chaque-fois. Non pas toutes les philosophies, les philosophies considérées comme un tout, mais chacune d’entre elles prises chacune leur tour (sans qu’il n’y ait aucune relation temporelle ou hiérarchique dans ce “à leur tour”). Les différentes philosophies actuellement déterminées ou déterminables peuvent être contradictoires les unes avec les autres. Les totaliser serait rendre inconsistant ce Tout, aussi tout et n’importe quoi pourrait être dit (comme l’affirme parfois les adeptes du relativisme). Alors que prises une-fois-chaque-fois, leur cohérence interne continu à jouer. Si toujours une nouvelle philosophie peut être ajoutée à la-philosophie cette nouvelle philosophie aura sa cohérence propre. Cohérence qui ne permet pas de dire “n’importe quoi” en elle.

Toute philosophie – décision- est l’affirmation d’une Vérité. Toute philosophie dit « Ce que je vous dis est Vrai ». Cette Vérité nécessite une construction qui soit consistante et complète. Considérer les Philosophies comme un Tout ne permettrait plus d’atteindre cet état, alors que les considérer une-fois-chaque-fois maintient la pratique originelle de ces Philosophies.

  1. La pratique non-philosophique

Toute la pratique non-philosophique consiste à ne pas porter de jugements – équitables ou non – à ne pas mettre en cause la philosophie. Mais dans le même temps, la non-philosophie tente de penser ce matériau dans son (non-) rapport au Réel – immanence radicale -, sans rapport à une Vérité.

La non-philosophie tente de pratiquer sa posture tout en conservant le matériau philosophique dans sa capacité à être également pratiqué. Tout comme dans la démarche scientifique, si elle découvre qu’elle n’y parvient pas, elle corrige sa pratique pour y arriver. Aussi en sommes nous déjà à la version 5 (philosophie 5) et nous sentons venir une version 6 (peut être plus axée sur le non-rapport à l’espace-temps).

Pour cela, elle utilise deux modes d’affirmation de l’aspect en Réel de ce qu’est le matériau philosophique (aspect qu’elle désigne comme clone) :

  1. l’oraxiome

L’oraxiome est la réponse sans question (et donc sans la pratique en mouvement qu’elle implique), l’annonce faite (en/a) Réel. L’acte de foi en Réel : sans cause, mais pas sans conséquences. La Vision-en-Un, comme opération du Réel au Réel, savoir avant premier.

  1. le générique

Le générique est le résultat de la collision en Réel, immanence radicale, de deux matériaux philosophiques (généralement choisis dans deux philosophies suffisamment distinctes pour que l’énergie générée crée une nouvelle particule.)

Le nouveau quanta – objet générique – créé peut toujours être pratiqué dans chacune des philosophies originelles, mais montre alors une distance avec le matériau originel que le non-philosophe considère généralement comme explicative, même si elle ne participe pas à la connaissance, au sens, à l’observation comme analyse : une fiction philosophique qui éclaire et révèle sa source.

  1. L’éthique non-philosophique

Associé à la posture, la non-philosophie affirme une éthique. Une éthique qui peut se formaliser :

  • a’ en-Réel

  • a’ est la mesure de toutes choses.

La plupart du temps, François Laruelle, prend pour objet ‘a’ : l’Homme ou la Science. Et en règles générales, j’utilise moi-même comme objet ‘a’ : la Rigueur ou la Machine.

La détermination de cette éthique est comme un « axiome du choix » de la non-philosophie. L’établissement d’une méthode pour choisir une philosophie particulière dans la-philosophie et y prendre du matériau. Elle n’ajoute pas de signifiance, ni n’impose un sens au Réel, mais lui donne une « couleur », lui ajoute de la valeur.

  1. Les conditions du Monde (de la machine de Turing et de la traduction)

    1. la pratique de la Vérité

la non-philosophie tente de se maintenir dans les conditions d’Heisenberg :

non pas , comme la philosophie, dans la Vérité : « ce que je vous dit est Vrai », mais pas non plus dans celles de la Fausseté.

Elle nomme cet état : Philo-fiction. Une philo-fiction peut être fausse dans une philosophie donnée, sans la contredire mais il existe (au moins) une philosophie où elle est Vraie et donc, on ne peut démontrer sa Fausseté en Réel (Le Réel est hors du Vrai et du Faux, mais sa pratique peut être bloquée dans une philosophie.)

Ainsi dire que le Temps n’est pas une durée, contredit la philosophie de Bergson, alors que dire qu’avec tel matériau générique, on peut déterminer une Durée qui est hallucinée, ne la contredit pas (tout en étant faux dans cette philosophie de Bergson (où la Durée ne peut pas être dite hallucinée)).

  1. Le rêve du papillon de Tchouang-Tseu

Quelque soit ce dont on rêve, pendant ce rêve, la pratique de ce rêve même est Réelle. Rien ne peut transcender le Réel et en sortir ou y entrer. Il n’y a pas d’au delà du Réel, au delà est encore et toujours Réel. La question que pose le rêve, n’est pas « ce dont on rêve », mais l’acte même de rêver. C’est cet acte qui est Réel, quelque soit par ailleurs, le statut des objets rêvés. Un objet imaginaire peut donc avoir une pratique Réelle, et cette pratique avoir elle-même des effets Réels. Dire alors que cet objet est irréel devient problématique. – même si simultanément, dire que cet objet est Réel l’est tout autant, puisque ce n’est pas l’objet qui est Réel mais sa pratique -. Mais si la pratique d’un objet est Réelle, cet objet peut il être considéré comme absolument irréel ?

  1. les conditions de l’expérience

En non-philosophie, l’expérience n’est pas l’expérience vulgaire et contingente propre à un individu. L’expérimentation est la construction d’un ensemble de pratiques et de décisions (modèle) et sa mise en pratique (mise au Monde). Elle est la pratique en Monde – en la-philosophie – d’un générique.

Elle demande ainsi la capacité du Monde à être inscrit : à recevoir une marque et à la conserver d’une manière telle que son observation soit possible dans ce que nous pourrions appeler un temps second. Une inscription conditionnelle, qui obéit à une cause et que l’on peut considérer comme l’effet de cette cause. Cette cause étant explicitement et préalablement inscrite en Monde.

3 étapes sont donc nécessaires : la capacité de comparer (au moins) deux sections du Monde (et donc de les identifier, de les adresser), de décider de leur identité, puis d’inscrire, dans l’affirmative, la marque convenue en Monde (c’est à dire de le modifier ou de modifier la manière de le percevoir).

En résumé, je vous laisserais déterminer à quoi peut donc servir la non-philosophie (même si François répète qu’elle « ne sert à rien »)…

  1. Espace-temps vs mouvement-mémoire

« Nous l’avons dit et nous ne saurions trop le répéter, la science de la matière procède comme la connaissance usuelle. Elle perfectionne cette connaissance, elle en accroît la précision et la portée, mais elle travaille dans le même sens et met en jeu le même mécanisme. Si donc la connaissance usuelle, en raison du mécanisme cinématographique auquel elle s’assujettit, renonce à suivre le devenir dans ce qu’il a de mouvant, la science de la matière y renonce également. (…) Mais toujours elle considère des moments, toujours des stations virtuelles, toujours, en somme, des immobilités. C’est dire que le temps réel, envisagé comme un flux ou, en d’autres termes, comme la mobilité même de l’être, échappe ici aux prises de la connaissance scientifique. »

Henri Bergson, Evolution Créatrice, Edition critique, Paris Puf quadrige, 2009, p. 335.

« La ligne qu’on mesure est immobile, le temps est mobilité. La ligne est du tout fait. Le temps est ce qui se fait, et même ce qui fait que tout se fait. »

Henri Bergson, La pensée et le Mouvant, Editions Puf Quadrige, Paris, 2008, p. 3

Il était une fois, très très loin…

C’est ainsi que devrait commencer tout texte de non-philosophie. Tous les enfants savent (où plutôt n’ont pas besoin de savoir pour le comprendre) que ce que l’on va leur raconter n’a jamais eu lieu dans le passé, pourtant cette histoire est Réelle. Jamais une princesse n’a été réveillée d’une mort éternelle par le baiser d’un prince charmant. Cette histoire est à vivre dans la pratique même de son conte. C’est pour cela que – dès la fin du conte – ils vous réclameront un « encore ». C’est dans la pratique du conteur que le conte est Réel. Il n’y a pas de temps continu, au conte, pas d’avant, et pas non plus d’après. Pourtant il y a un vécu du conte, un pendant.

Ce Temps du conte, contrevient au « Temps Réel » Bergsonieni non pas par sa durée – il n’est lui-aussi que durée – ni par son expérience, mais par l’aspect discret et répétitif qu’il montre. Le Temps du conte montre à la fois un aspect subjectif et un aspect de pratique dans la durée.

La philo-fiction, est cette rencontre en-Réel, – mais hors d’un Temps connu – d’une pratique (en Monde) de plusieurs philosophies. Ce que nous allons tenter aujourd’hui, est une philo-fiction du Temps et de l’Espace.

Depuis Einstein, l’espace et le temps sont vus comme une instance unique s’influençant réciproquement. L’espace-temps est vu comme un continuum à 4 dimensions. Mais reste toujours dans un esprit pas si éloigné de la vision précédente de l’Éther où la physique distinguait l’un de l’autre : les 3 dimensions d’espace et la dimension de temps (convertie en espace par sa transformation en distance parcourue (année-lumière)).

L’Espace-temps de la physique contemporaine est toujours origino-centré. La révolution copernicienne étant passée par là aussi, l’origine, n’est plus exprimée en fonction de l’Homme ou de la Terre, mais toujours cette origine est nécessaire à sa vision (et à ses calculs). L’Etalon de référence utilisé se devant d’être fixe (C : la vitesse de la lumière, et les dimensions orthogonales de l’espace).

  1. Un Temps Générique (Qu’est-ce que le temps ?)

chaque instant est «inconsistant logiquement », puisqu’il doit avoir des propriétés (présent, passé, présent) incompatibles. La coordination du temps dépend de l’horloge.

McTaggart J.M.E, “The Unreality of Time”, 1908, pp. 457-474

Comment le Temps peut-il avoir des manifestations phénoménologiques aussi variées ? Comment peut-il prendre l’aspect d’une succession d’instants quasi-cinématographiques, de séries pour McTaggart, de coupures dans un flux pour Deleuze ou d’une durée insécable, mais ne cessant de surgir pour Bergson ?

Quelle est l’identité de dernière instance de ce Temps mondain ?

Une identité qui ne soit pas répétition et pli du même, puisque l’identité en Réel est une-fois-chaque-fois. Mais n’est-ce pas contradictoire avec l’essence du Temps qui se manifeste au contraire comme retour du même ? Où y a t’il une manifestation du Temps qui ne corresponde pas à son essence ? Un Etre-Temps philosophique d’un Temps en-Réel ?

Le Temps en-Réel est en immanence radicale, processus, mouvement, aussi s’il détermine en dernière identité le Temps philosophique, il ne peut être cause de la différence et de l’altérité.

Le Réel n’est pas le lieu de l’expérience. L’expérience demande l’hypothèse, et le Temps de la causalité où se déroulent ses effets. Ces critères déterminants de l’expérience sont Mondains. Le Temps en-Réel ne peut donc pas être déduit de l’expérience. Il lui est premier – et même avant-premier – puisque Réel.

Le Temps en-Réel est changement, mais changement sans mémoire de l’état précédent – et donc sans identification de l’instant suivant –. Un mouvement qui ne se détermine pas par comparaison entre deux fixités. Donc un mouvement que l’on ne peut ni prédire, ni savoir – le savoir du mouvement demandant la détermination de ces différences -. Mais un mouvement en pratique.

La philosophie – le Monde – pratiquerait une opération de « Vécusation », de clonage, d’identification du Temps en-Réel (qui ne serait plus une simple opération de « dire le nom », mais une véritable opération de donation d’une identité – philosophique celle-ci -.). La philosophie opérerait pour cela une fixation du Temps en Monde qui – comme une photographie – le « scripterait », l’écrirait en Monde. Le rendrait utilisable, lui permettrait de devenir cause-en-Monde. Ce serait sur cette cause-en-Monde que se construirait l’instant présent, l’instant suivant et la durée qui est leur entre deux.

Le Temps de la philosophie, est déterminé depuis le Temps en-Réel par mémorisation d’une origine, puis de quantités de distances ou de cycles – qui sont des distances circulaires -. Un tel assemblage forme ce que l’on peut appeler une Horloge. Ce n’est qu’en rapport à cette Horloge que le Monde peut utiliser le Temps – philosophique et causal -. Le Temps Mondain est crée en la philosophie par l’usage de l’Horloge.

Un mouvement en pratique, ne demande que de l’espace et cette capacité du Réel à toujours être autre. L’identité en dernière instance du Temps en-Réel ne demande donc que de l’espace.

  1. Un Espace générique, l’adresse/les coordonnées génériques

L’espace est traditionnellement vu par la philosophie comme étendue, une étendue infinie.

Mais pour que l’espace soit adressable, que l’on puisse le parcourir, il est nécessaire que l’on puisse en identifier des parties et pas seulement son « tout comme espace ».

Cette vision n’est pas compatible avec tous les mondes possibles. Il lui faut un monde sécable en sections adressables, il s’agit donc d’un monde discret dont le mouvement in-fini peut être soit continu (borné, mais autorisant toujours une nouvelle coupure en son coeur), soit une infinitude (borné à un bout et autorisant toujours une nouvelle coupure à l’autre), mais pas un infinitif (non-borné). Cet adressage du Monde construit un espace, mais ne nécessite pas forcément un espace antérieur.

  1. Le discret et le continu

Nous avons l’habitude, en philosophie comme en mathématiques, d’opposer les notions de discret et de continu. Le continu est censé être ce qui est d’un seul tenant, et le discret ce qui se résout en (permettant d’identifier) un seul individu. Aussi peut-on se demander si les deux notions s’opposent vraiment ? Ce qui est d’un seul tenant ne se résout-il pas nécessairement en un seul individu ?

Discret ne signifie pas concret, matériel, épais, « qui a une réalité », mais dont l’individualité peut être identifiée.

Et ne pourrions-nous pas utiliser comme définition du continu : ce qui “a toute tentative de coupure se révèle participer au même individu” ? Ce qui définirait comme continu, tout ensemble dense sur son domaine de définition.

Serait alors discret ce qui pourrait être identifié, et continu ce qui peut être identifié et serait connexe en tous points. La rupture de connexité en au moins un point, ne serait plus une caractéristique du discret en général, mais d’un type de discret : le discontinu.

  1. L’espace discret comme rapport de connexité

L’espace – cet espace qui peut être parcouru, pratiqué en son intériorité – peut alors être identifié comme l’ensemble des éléments discrets et connexes formant une continuité.

Cependant la carte n’est pas le territoire. Affirmer que deux éléments discrets forment un même est un acte hautement philosophique : une décision. C’est un acte mondain. C’est l’affirmation que deux points/espaces entre dans un certain rapport.

L’identité de dernière instance de l’Espace en-Réel permet cette mise en rapport, mais pratique un espace en Un. Un espace unifié. L’espace en-Réel n’est pas une question de surface ou de volume. Ces deux propriétés sont des constructions à partir de capacités plus fondamentales de l’espace en-Réel :

La capacité a permettre la connexité, c’est à dire de permettre a plusieurs lieux de se dire connectés.

La capacité de mouvement, c’est à dire de modification de ces connexités.

À partir de ces capacités premières, le Monde – la philosophie – détermine les dimensions : le nombre de lieux connectés ensembles. Nous voyons immédiatement, qu’il n’est pas nécessaire que ce nombre de dimensions soit constant en tous points. L’Espace en-Réel n’est pas a priori à 1, 2 ou 3 (ou plus) dimensions. Sa dimensionalité doit être évaluée localement – à chaque rattachement que nous pouvons appeler « sommets », chaque liaison d’un sommet à un autre pouvant être appellé « arretes » -, et n’est pas nécessairement constant, l’identité en-Réel étant une pratique une-fois-chaque-fois.

Depuis le mouvement est déterminé un rapport (de forces), en Monde, comme la mémoire de l’origine et le calcul de la distance rapporté à une Horloge (qui est elle-même origine et distance). Les Distances elles-mêmes sont des rapports d’une quantité discrète sur une unité discrète qui sert d’étalon. De cette différence Mondaine résulte la vitesse et les autres valeurs considérées comme physiques de l’Espace (Mondain).

Une Force est l’identité du lieu de rencontre des connexités et de leur poids respectifs. Aussi une force est-elle toujours-déjà un rapport de force(s). Mais l’Espace en-Réel qui permet en dernière identité toutes ces déterminations n’est que changement de connexités. Il est donc changement dans les rapports de force(s).

Passer de l’Espace en-Réel à l’Espace Mondain demande donc toujours les opérations de « vécusations », de clonages, mais dans un contexte précis que nous pouvons appeler « l’observateur générique ».

  1. Un observateur générique

L’observateur générique est cet ensemble de qualité que doit posséder une philosophie – un Monde – pour déterminer un espace et un temps (ou un espace-temps lorsque comme la science moderne nous comprenons que l’Espace et le Temps ne sont qu’Un en dernière identité).

L’observateur générique est mémoire, c’est à dire qu’il inscrit en Monde ou permet l’identification en Monde d’une surprise, de ce qui n’était pas inscrit, « scripté » avant son intervention. Cette mémorisation doit être conditionnelle, elle ne se réalise que si certaines conditions se présentent. L’observateur générique doit être capable de lire, traduire, interpréter localement ce qui en-Réel est présenté et d’y réagir par une marque en Monde.

Ces qualités sont aussi celles d’une machine (de Turing).

L’observateur générique est la construction d’un espace et un temps en accord avec le Monde – la philosophie – où il pratique. Pour cela il construit une Horloge et depuis cette horloge classe et ordonne sa mémoire. Créant, ainsi, passé et présent. Il forme le Futur comme un calcul depuis ce qu’il sait de l’espace-temps. Calcul qui, inscrit en Monde, devient mémoire au présent (accessible dans la pratique en cours).

La Science classique ne distingue pas la construction due à l’observateur générique du vécu de la pratique en Réel. Aussi n’est-elle pas bien placée pour identifier les aspects philosophiques de l’observateur générique.

Une science philosophique est peut être une réponse. Puisque les Mondes (qui disent les vrais) ne peuvent revendiquer « le Vrai », une science qui identifierait la pratique de l’observateur générique distinctement de la pratique en Réel, aurait une meilleure pratique du Monde. Cependant, l’art pourrait sans doute y parvenir tout aussi facilement – et peut être beaucoup plus facilement puisque l’art prend toujours-déjà en compte l’observateur.

La causalité est Mondaine, mais la pratique qui en est la source est Réelle. La pratique permet une connaissance (indocte) non hiérarchique. une connaissance qui n’est pas une opinion car elle ne dépend pas d’un contexte (d’un Monde). Elle est ce qui est le plus éloigné du veau d’or.

Les choses ne peuvent être seulement par nature, il leur faut être identifiées (ce qui est une opération) acte qui demande un étalon (modèle) qui vaut alors nature, mais ne peut être « en soi ».

Le Reve du papillon est tout aussi Réel que la Terre que je foule éveillé. Pour que le Rêve soit un Rêve, il faut une certaine pratique en Réel du Rêveur, et c’est cette pratique que nous appelons Rêve. Ce n’est pas parce que l’Objet du rêve est une hallucination que le Rêve n’est pas Réel. En dernière identité, le Rêve est tout aussi Réel que le Rêveur ou la Terre qui le porte.

Mais l’hallucination ne s’arrête pas là. La-philosophie -le Monde -est décision. Tout objet (du) Monde est décision et pourrait être autre. Si le Vécu (l’enregistrement historique des identités pratiquées par le Sujet, la forme de la transcendance en l’immanence radicale (du) Réel, ce savoir non-cumulatif qui reste constant ou « le Même » par une superposition qui se fait de soi avec soi) détermine l’objet, c’est seulement transcendantalement à une philosophie. Le Réel n’est pas suffisant à déterminer seul l’identité de l’Objet.

L’Objet Mondain, ne peut pas plus que le Rêve revendiquer pour lui-même l’accès direct au Réel.

L’Emotion de Gaia

L’Homme – comme philosophe – décide du Monde.

Gaia est cette création quand elle est pensée comme Nature Totalisante.

La philosophie de Gaia, n’est pas La-Philosophie qui vécue une fois chaque fois n’est jamais une totalisation, mais une version philosophique qui fait fi des contradictions internes de chaque décision pour ne les penser que comme Unes (l’Un d’une multiplicité).

Dans un mouvement anti-copernicien, qui lui est permanent même s’il s’en défend toujours, l’Homme tente d’imposer son pouvoir.

L’Antropocène, cette manifestion grandiose du pouvoir de l’Homme, est la couronne qu’il réclame.

Pour parvenir à cette hégémonie, l’Homme doit quitter la vision Locale pour une vision Globale et ne conserver que les éléments qui renforcent son pouvoir.

Le Local est cette vision de l’Homme où chaques (non-) lieux est connecté à son prochain et constituent un espace pour chacun – un-par-un -. Alors que le Global est un oubli -partiel- du local. Un oubli qui ne supprime pas l’espace local, mais le rend inaccessible, le masque.

Pour cela, l’Homme crée des hiérarchies de valeurs – des décisions sur la décision -. Il affecte à chaque terme de Gaia une valeur et oublie ce qui lui nuis.

L’Emotion, cette décision sur la décision propre a l’Homme vivant, au lieu de lui permettre de comprendre le Monde philosophique – Gaia -, lui sert d’arme de destruction massive.

Les artistes étant ses artilleurs…

Petit pratique de Traduction : L’éxecution de la traduction

 

Pour la philosophie, certaines questions ont un statut particulier quelque soit l’objet d’étude :

Être et penser sont le même ? La logique peut-elle être indépendante de la pensée ? Les objets pensés ont-ils une existence en dehors du processus de pensée qui permet de les identifier comme tels ? La vérité implique t’elle l’existence ?

En résumé, quel est le statut ontologique du Texte-à-traduire, de l’acte de traduction et du Texte-traduit ?

Même si nous avons vu que la séparation en un avant et un après n’avait pas de fondement nécessairement Réel, cela resterait, tout de même, une observation phénoménologiquement valable.

En non-philosophie, le Réel n’étant pas sensible au statut de l’Être et de la Vérité, la question centrale est celle de la pratique.

Si l’on défini :

* la théorie comme la description des conditions ontologiques de la pratique

* la pratique comme la description exhaustive de l’acte ou de l’action

alors la pratique-en-pratique peut se définir comme la pratique en exécution

Ce qui permet de décrire un ‘exécute’ comme la description de ce qui est nécessaire pour passer de la pratique à la pratique-en-pratique.

Si nous cherchons une métaphore, la théorie est le manuel de l’ordinateur, la pratique est le texte d’un programme de cet ordinateur, la pratique en pratique est l’exécution de ce programme dans l’ordinateur.

La traduction, comme toute pratique-en-pratique demande cet exécute.

L’exécute pourrait être vu comme une propriété du Réel, mais ce serait une propriété qui ne le change en rien, ne le défini en rien. Tel l’Anima antique, il est la condition de l’acte, mais n’est rien seul, ne peut rien seul, n’agit en rien seul, il ne peut même pas être distingué du Réel. L’exécute est le Réel-potentiellement-actif. Ce n’est qu’en présence de philosophie(s) que ces philosophies s’activent. Une philosophie en Réel est une philosophie en pratique.

Il est intéressant de voir que cette pratique-en-pratique, cette pratique-en-Réel ne demande pas plus que la Scripture de philosophies (la détermination de marques en Monde) et l’‘exécute’ pour donner, pour permettre le calcul, la détermination d’un Résultat, d’une (autre) marque en Monde que l’on peut voir comme une surprise puisqu’elle n’était pas identifiable avant. La Vérité n’y est pas une condition nécessaire.

L’informatique pour sa part, nous montre deux modes de pratique-en-pratique : l’interprétation et la compilation.

L’interprétation est une pratique qui associe chaque élément d’un texte ou d’une philosophie-source à un élément d’une philosophie de référence par le moyen de l’identité de formes (pattern matching) afin de déterminer une nouvelle pratique en Monde. Le succès de l’interprétation est évalué à son exactitude (l’identité ou l’équivalence de pratique).

La compilation est le remplacement d’une chaîne (de caractères) par une autre plus apte à permettre la pratique finale. Le succès de la compilation est évalué à son efficacité (en général, la vitesse d’exécution de la pratique finale)

Aussi la Traduction est une pratique qui nécessite plusieurs étapes :

Dans un premier temps, le Texte, la philosophie-source est identifiée. Le Texte devient alors le Texte-à-traduire. Cette étape qui semble une évidence, ne l’est pas du tout. Quel Texte traduire ? Où commencer la traduction ? Ou la finir ? Doit-on prendre tout le texte ou exclure certains passages ? Telles sont les premières questions que se pose le Traducteur (ou la part commanditaire du Traducteur). Pourquoi traduire tel texte et non pas tel autre ? Pour la valeur affectée au Texte-à-traduire ou pour celle que l’on pourra donner au Texte-traduit ?

Puis une interprétation de cette philosophie-source est exécutée qui associe chaque élément du Texte-à-traduire à une philosophie de référence. Cela donne, à la fois, sens au texte, un sens pour le Traducteur et une identité aux éléments (aux décisions) du Texte-à-traduire.

L’occurrence pratique de cette interprétation indique qu’il est possible, sur la base de la forme, de trouver des invariants non pas aux mots et phrases – comme cela nous viens immédiatement à l’esprit – mais aux pratiques. Il est possible de décrire des pratiques et des matériaux dans le Texte-à-traduire (la philosophie-source) et de les identifier dans une philosophie-référence.

La non-philosophie classique – décrite par François Laruelle – nous montre le chemin en décrivant le matériau – à la suite d’Hegel – comme l’identité de l’identité et de la différence.

Ces pratiques et matériaux sont mis en mouvement par l’exécute.

C’est depuis cette identification des décisions (pratiques et matériaux) et non depuis son Sens que pourra se faire l’étape suivante qui se rapproche plus d’un traitement de compilation : le transcodage/encodage/conversion. C’est ce traitement que l’on considère généralement comme l’acte de traduction, mais ce serait un acte impossible sans l’interprétation préalable des décisions.

Dans la pratique, un allé-retour permanent entre l’interprétation et la compilation est effectué validé par l’évaluation de la justesse de l’acte.

Au final, le (nouveau) Texte est identifié comme Texte-traduit.

Ce Texte-traduit est une vision du Texte-à-traduire depuis le Monde (la philosophie-référence) du Traducteur. Toujours il sera possible depuis ce même Texte-à-traduire d’obtenir un (autre) Texte-traduit en modifiant cette philosophie-référence. Cette procédure de traduction ne permet pas d’envisager la possibilité d’un Texte-traduit absolu qui serait le Réel du Texte-à-traduire, l’identité de dernière-instance de ce texte. Car cette identité est une-fois-chaque-fois, elle se renouvelle à chaque pratique (sans d’ailleurs qu’il soit toujours possible d’en déterminer l’identité ou la différence et sans qu’il soit possible de déterminer la hiérarchie des Textes-traduits sans utiliser une philosophie d’évaluation de cette hiérarchie).

Traduction
Traduction, une derniere fidelite

Petit Pratique de Traduction :IV La traduction, la transformation et le calcul.

Si nous ne pouvons nous reposer sur l’essence de la langue, du texte etc. pour permettre la traduction, seul le résultat (la pratique identique ou équivalente) peut alors en être le support.

Nous pouvons donc valablement dire qu’il y a traduction lorsque deux philosophies (Texte ou Monde) permettent une pratique évaluée comme identique (cause finale d’une pratique adéquate ?) et que l’une des deux est donnée par une pratique/traitement sur la première.

Pour la philosophie, la Traduction est un acte de donation d’une philosophie (Texte/Monde) depuis un même.

En philosophie classique, le même, l’identité d’une différence, est pli.

En Non-philosophie, ce « même » peut être dit ‘Etranger-déjà-vu’ : Le Sujet-existant-Etranger déjà en identité identifié, l’Autre-que dont les valeurs (celles de l’Etranger et celle du Sujet (altérité sans différence, agir unilatéral)) déterminent une identité-Un.

Le Déjà n’y fait pas plis, car l’identification en identité, est une-fois-chaque-fois : elle est dans la pratique de cette-fois-ci, et ne dit pas, comme habituellement en philosophie, « ces deux sont identiques absolument », mais « il y a une pratique qui permet – là, maintenant – de décider de la présence de l’identité A en B et celle de l’identité B en A ». Ce que l’on peut nommer des métaphores (« il y a du A en B »).

Nous ne sommes pas dans l’auto, l’auto-donation, ou l’auto-position puisqu’il n’est pas nécessaire pour effectuer cette pratique de savoir comment l’identité de A et l’identité de B nous ont été données : il n’est pas nécessaire de savoir si A et B existent et existent réellement pour permettre la pratique de l’identification. Il n’est pas non plus nécessaire d’en pré-déterminer l’essence : l’identité-identification est (seulement) une pratique-en-pratique : dans l’acte même de cette pratique.

Et, même si l’Etranger-déjà-vu est aussi déterminé en Réel (en-dernière-identité) ce qui permet cette pratique métaphorique – cette connection (d’)étrangers -, cette détermination, en elle-même, n’est pas identificatoire. Cette pratique ne fige pas une identité.

Si l’on à l’habitude de parler de communication, au sujet de la traduction, il s’agit, là aussi, d’une méprise. Il n’y a pas, à proprement parler, de communication lors de la pratique de la Traduction, mais la donation d’un (nouveau) texte. Cette nouveauté, cette surprise-en-Monde, qui résulte de la pratique(-en-pratique) et de son effet de scripture, d’inscription, marque en Monde, ne communique pas, car rien ne dit qu’elle ne sera jamais lue, acquise, identifiée. Même si l’on se doute bien qu’il s’agit du vœu le plus cher du traducteur. Le texte-traduit est le résultat de la pratique de traduction quel que soit l’usage (ou le non-usage) que l’on fera de lui. C’est son état de scripture, de marque, qui permet son usage de Média et non son identité de Traduit.

L’acte de Traduction en Réel ne nécessite plus un acte transcendant, une extériorité, mais l’identité en Réel du texte source, la pratique-en-pratique de ce texte en une philosophie-Référence, et l’évaluation du texte-traduit pour l’identifier comme Traduit, c’est-à-dire comme permettant une pratique identique ou équivalente.

En résumé, nous avons donc 3 pratiques, pour établir une Traduction :

Celle de la philosophie-Source qui donne (en une philosophie-Référence) une philosophie-traduite, celle de la philosophie-source (en une philosophie-valeur) qui donne un Etranger-déjà-vu à celle de la philosophie-traduite (en une philosophie-valeur).

(Nous ne déterminerons pas ici, si les deux philosophies-valeur permettant la pratique de l’évaluation n’en sont qu’une. Seule la détermination de l’Etranger-déjà-vu sera pour nous probant).

Traduction
Traduction, une derniere fidelite

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