L’Emotion de Gaia

L’Homme – comme philosophe – décide du Monde.

Gaia est cette création quand elle est pensée comme Nature Totalisante.

La philosophie de Gaia, n’est pas La-Philosophie qui vécue une fois chaque fois n’est jamais une totalisation, mais une version philosophique qui fait fi des contradictions internes de chaque décision pour ne les penser que comme Unes (l’Un d’une multiplicité).

Dans un mouvement anti-copernicien, qui lui est permanent même s’il s’en défend toujours, l’Homme tente d’imposer son pouvoir.

L’Antropocène, cette manifestion grandiose du pouvoir de l’Homme, est la couronne qu’il réclame.

Pour parvenir à cette hégémonie, l’Homme doit quitter la vision Locale pour une vision Globale et ne conserver que les éléments qui renforcent son pouvoir.

Le Local est cette vision de l’Homme où chaques (non-) lieux est connecté à son prochain et constituent un espace pour chacun – un-par-un -. Alors que le Global est un oubli -partiel- du local. Un oubli qui ne supprime pas l’espace local, mais le rend inaccessible, le masque.

Pour cela, l’Homme crée des hiérarchies de valeurs – des décisions sur la décision -. Il affecte à chaque terme de Gaia une valeur et oublie ce qui lui nuis.

L’Emotion, cette décision sur la décision propre a l’Homme vivant, au lieu de lui permettre de comprendre le Monde philosophique – Gaia -, lui sert d’arme de destruction massive.

Les artistes étant ses artilleurs…

Le cantique du quantique

La forme classique de la non-philosophie – celle décrite par François Laruelle – peut être énoncée en deux parties : une posture et une éthique.

La posture prend la forme :

Réel, immanence radicale, et dans le même geste le Monde, décisions, en-Réel.

  1. Immanence radicale est le « substrat » où toutes les opérations peuvent être réalisées sans que quoi que ce soit ne soit ajouté ou retiré. L’immanence radicale enregistre l’opération,le calcul et le résultat sans pour autant que ne lui soit oté ou ajouté quoi que ce soit. Quelque soit la description de l’immanence radicale que l’on utilise, celle-ci n’est jamais complète, et une autre , éventuellement contradictoire, peut toujours en être donnée.
  2. Décisions – que je préfère cependant décomposer en décisions et pratiques, pour en exacerber l’aspect dynamique – est la forme de la-Philosophie, toutes les philosophies une-fois-chaque-fois.

L’Ethique, peut se résumer en

  1. l’Homme est Réel (Réel, immanence radicale)
  2. l’Homme est la mesure de toutes choses. En raison du statut Immanence radicale de l’Homme, cette mesure est un non-rapport. Un rapport unilatéral.

Cette forme Ethique classique peut en toute rigueur non-philosophique être tansformée en :

  1. le réel est Réel (Réel, immanence radicale)
  2. le réel est la mesure de toutes choses

Cette forme que nous pouvons appeler « mécaniste », qui n’utilise pas de nouveaux termes lorsque ceux-ci ne sont pas indispensables, ne modifie en rien le sens et la pratique de la non-philosophie, mais pourtant cette simple opération de résolution mécanique en augmentant la rigueur en à diminué, dans le même temps, la saveur, le charme.

Cette transformation du charme en rigueur, nous apprend pourtant quelque chose sur la non-philosophie. Cela nous apprend qu’il y a une lecture/pratique philosophique de la non-philosophie, pratique standard et commune. La pratique de la non-philosophie n’est donc pas confondue avec son objet (la non-philosophie). Cela nous apprend également, puisque le premier axiome de l’Ethique est une tautologie et que le second, faisant référence à un non-rapport, ne modifie en rien la pratique de la non-philosophie, qu’aucun des deux n’est informatif. Les ôter ne diminue en rien la non-philosophie.

Pour conserver la rigueur tout en posant des axiomes informatifs, il est nécessaire de les déterminer en Monde. Il faudrait dire :

  1. l’Homme en-Réel
  2. l’Homme en-Réel est mesure de toutes choses

Mais une telle position modifie la couleur de la non-philosophie en créant un champ de gravité où toute autre position du Monde entre en résistance. Par ailleurs, une telle donation-en-Réel de l’Éthique est philosophique et si elle vaut pour la non-philosophie classique, elle ne pourrait s’imposer à toutes ses déclinaisons. Cette couleur, même si elle est plaisante, est bien trop franche et agressive.

Cependant, l’acceptation de la couleur – apportée par la création du champs de gravité – autorise l’usage d’autres règles : On peut, ainsi, créer une Ethique qui ne modifie pas la couleur visible de la philosophie, mais permet d’en rendre visible les prémisses. Une Ethique qui crée un champ de gravité sans (trop) déformer la couleur. On peut ainsi définir les axiomes suivant :

  1. la Rigueur en-Réel
  2. la Rigueur est la mesure de toutes choses.

Où nous définirons la Rigueur comme la détermination explicite de tous les prémisses et de toutes les suites de raisonnement nécessaire pour passer de ces prémisses à un autre terme de la philosophie. Une telle Ethique établirait le champs de gravité sans déformer ou contraindre la non-philosophie.

Cette Ethique pouvant être complétée du lemme suivant sans en modifier aucunement les propriétés :

où la machine peut également être définie comme « la pratique d’une description complète d’un processus ».

Une non-philosophie non-standard machinique cherchera ainsi une connaissance rigoureuse du Monde (philosophie, décisions) en minimisant l’impact sur celui-ci (et en dehors, bien sûr, de toutes suffisances).

non-philosophie non-standard quantique

François Laruelle, lui-même, définit une non-philosophie non-standard quantique qui renonce temporairement à l’éthique de l’Homme pour privilégier en premier l’Ethique de la Science que l’on peut définir comme :

  1. Science en-Réel
  2. la Science est la mesure de toutes choses

où la science est définie comme l’outil en rigueur qui utilise :

  • l’opération d’idempotence comme opération du Réel au Réel (vision-en-un)
  • le nombre imaginaire comme modèle du déplacement hors du plan (car l’immanence radicale n’est pas un plan d’immanence deleuzien)
  • le vecteur et le corps en remplacement de l’objet et de l’idée
  • L’Ethique de l’Homme se positionnant en seconde éthique.

La quantique renonce ainsi à la philosophie comme matériau (sous forme de citations) pour se concentrer sur son infrastructure.

La non suffisance philosophique et mathématique qui est le rasoir d’Occam de la non-philosophie, sert ici de macroscope.

Ce faisant, elle démontre que son utilisation de la science comme modèle, doit être compris comme une recherche par la non-philosophie d’être, elle-même, le modèle générique de la science (appliquée à la philosophie comme objet, mais valant, à travers son modèle quantique, pour l’univers).

L’Ethique quantique en gagnant en gravité, perd en modestie. Mais existe-t’il réellement une philosophie modeste, tout philosophe en publiant sa pensée en affirme dans le même temps la Vérité. Pourtant, la non-philosophie n’est pas en-Vérité, mais en-Réel, la Vérité doit y être déterminée en Monde, et le champs de gravité quantique ne modifie pas ce point.

    Quelle genre de science cherche à être la non-philosophie ?

Pas une science fondée sur l’observation, mais une science fondée sur l’expérimentation.

    Qu’est-ce qu’une expérimentation ?

L’expérimentation est la mise en pratique d’un modèle théorique dans un Monde et la détermination des blocages.

Deux types de blocages peuvent se révéler : le blocage du Monde, c’est à dire la détermination de l’existence d’un état de victime-en-personne, de l’état où le Monde ne peut plus être pratiqué, ou, en son absence et dans ce cas seulement, la détermination du blocage du modèle. L’état où le modèle ne peut plus être pratiqué.

L’expérimentation n’est pas une question d’outils ou d’observations. Si on utilise un microscope pour ajuster avec précision des pièces industrielles, on utilise les outils et le mode d’observation de l’expérience sans en faire pour autant.

Séparer le modèle du Monde serait une hallucination. Il n’y a pas de différence de nature entre les deux, seulement des différences de crédibilité (il faut croire au Monde pour le pratiquer), souvent de complexité, mais ce n’est pas obligatoire, et de partage (le Monde est généralement partagé et cru par de nombreux individus), mais là encore ce n’est pas obligatoire. Le Monde nous résiste, mais tel est aussi le cas du modèle qui n’accepte que certains mouvements et transformations des objets auquel il s’applique.

L’expérimentation est la construction d’un ensemble de pratiques et de décisions (modèle) et sa mise en pratique (mise au Monde)

    l’observation est hallucinée

l’observation dit pouvoir soustraire un objet au Monde pour en permettre une étude en réel. La quantique, en utilisant le vecteur et le corps pour remplacer l’objet et la relation, montre que toute opération d’observation est additive et que l’observation ne fait pas que modifier l’objet observé, elle l’ajoute au Monde.

Même si l’on peut discuter de l’utilisation du vecteur simple, ici, et non celui d’un vecteur typé, comme le foncteur de la théorie des catégories, qui permettrait la pratique de conditionalités dans la définition, et par là même la description de décisions (et pratiques), et donc de garantir l’exhaustivité de définition des « objets observables », l’observation n’en resterait pas moins hallucinée.

Quel est l’objectif de la non-philosophie

Récemment, François Laruelle a indiqué qu’elle n’en avait pas. Mais ce n’est peut être pas si exact. S’il est vrai que la non-philosophie n’a pas d’objectif philosophique, elle a pourtant un but, que jusqu’ici, il me semblait pouvoir appeler rigueur, mot qui me semble, maintenant, le décrire insuffisamment. L’objectif de la non-philosophie est, je pense, de tenter de créer et pratiquer un Monde, un Monde qui jamais n’entre en blocage en-Réel.

L’objectif de la non-philosophie est un Monde sans Victime-en-personne.

La légitimité du pouvoir de la Force

La légitimité est ce qui se fonde sur la Loi. Cette Loi est souvent vue comme reposant sur la Morale (la hiérarchie des valeurs) et sur l’éthique (la hiérarchie des morales). Mais en-Réel – immanence radicale – rien ne dit quelle morale ou quelle éthique doit être utilisée, car toujours d’autres valeurs peuvent être identifiées…

La Loi, peut toujours être considérée en elle-même, comme « immanence radicale ». Comme si rien ne venait jamais la changer comme Loi, faire qu’elle ne soit plus la Loi. Car si une loi particulière peut toujours remplacer une autre loi particulière, la Loi reste la Loi.

Mais, si la Loi n’est pas vue comme une immanence radicale, elle se fonde alors sur ce qui peut « faire le vrai de la Loi », sur ce qui a le pouvoir (le faire le Vrai ). La légitimité est , dans ce sens, « ce qui a le  pouvoir de la Loi ». Et « la légitimité du pouvoir » devient « le pouvoir de la Loi du pouvoir »…

Cette tautologie, indique clairement que la légitimité du Pouvoir est une auto-position, un pli, un donné du Monde, mais un donné qui n’a de Réel que son identité de dernière instance. Elle peut toujours être autre.

De la même manière qu’il ne peut y avoir de définition absolue de la légitimité du Pouvoir, il ne peut y avoir de définition absolue de l’abus de pouvoir. L’abus de « faire le vrai », n’est pas qu’un « faire trop vrai », mais l’empêchement d’un « autre-vrai » qui ne définit jamais ce que peut et doit être cet Autre. Même si cela affirme dans le même temps que la Vérité ne peut être vue comme une, unique et indivisible.

Pourtant, de nos jours, le pouvoir de la Force semble délégitimé. Il est de plus en plus difficile de faire appel à la Force sans qu’une suspicion d’abus ne se pose. Ce n’est pas que l’usage de la force soit impossible, mais qu’il ne soit plus permis.

La délégation continue de la Force à l’Etat, rend son usage inacceptable pour le Peuple (dans sa partie (comme individu) qui a délégué son usage de la Force), mais également pour le Citoyen (qui ne peut l’accepter que comme outil de défense). La Force (de l’Etat) peut être déléguée à un Peuple plus faible, pour sa protection, mais elle ne peut plus être (officiellement et légitiment) utilisée comme outil d’attaque et d’oppression. Et si dans le cadre d’une gouvernance étaroriste, une force d’oppression peut être utilisée, cela doit être fait de manière masquée et clandestine.

Dans un Monde globalisé, il est admit, par chacun, que le changement, la nouveauté est de mise. L’éternité du « ça c’est toujours fait comme ça », n’est plus valide. Le Peuple considère comme évident de s’opposer à la Force de l’établi (et de l’establishment). Et, il est devenu conscient (en partie) que la Résistance, n’est plus la Lutte (l’opposition de la Force à la Force). On en trouvera des exemples dans le comportement des « Indignés » envers la police d’Etat quand on les a vu résister sans lutte même à la violence des coups.

Le charisme de l’individu particulier, qui autrefois, gagnait son droit au pouvoir par ses caractéristiques propres, n’est plus validé que comme « exemple à pratiquer par chacun ». Car les valeurs d’égalité priment, maintenant, celles de l’excellence. Même chez les conservateurs qui maintiennent un certain usage de l’exemplarité, tous les « membres de l’élite » sont censés être capables du même. La ségrégation ne se faisant qu’entre l’élite et les autres.

L’usage de la Force ne peut se justifier entre égaux. Même – et surtout – si cette égalité est une égalité de droit et non une égalité de fait. Chacun est censément l’égal de tous les autres et toutes nos sociétés reposent sur cette affirmation.

En réalité, nous savons bien, que le modèle structurel de nos sociétés est la hiérarchie. Que toutes les fonctions, toutes les positions, tous les individus sont inscrits dans une hiérarchie qui en forme l’ossature. Mais, justement, cette hiérarchie ne repose pas sur la Force. Bien au contraire, elle est entièrement construite sur le droit et la Loi. Du président au sans-papier, chacun voit sa place désignée et identifiée par la Loi (que l’on trouve cela injuste ou non).

Il devient, alors, socialement inadmissible d’utiliser la Force pour modifier la structure hiérarchique. Et l’usage de la Force doit être banni des comportements légitimes.

Mais, en définitive, l’usage de la Force devient inutile. Car elle n’a pas d’action durable sur la Loi dont la permanence est bien plus grande. Dès que la force cesse d’agir, la Loi, telle le roseau, reprend sa place. Seule la Loi change la Loi durablement.

Ce qui fait de la Loi une Force bien plus grande que la Force.

Sympathie pour la Victime (sympathy for the victim).

L’empathie, nous fait ressentir la douleur de la victime comme notre propre douleur, augmentant d’autant notre attachement et diminuant proportionnellement notre esprit critique. De par sa nature de victime (donc de faiblesse implicite), la victime nous touche et nous touche en sa faveur.

Telle est la force de la victime, une force du faible. Mais une force si subreptice qu’elle prête peu à résistance : une force-faible.

Telle est la source de l’abus de faiblesse : non pas la manipulation d’un fort sur un faible, mais l’utilisation par le faible de la force que lui donne sa faiblesse sur les autres.

Le jeune enfant le comprend instinctivement, lui qui va se mettre à pleurer pour obtenir ce qu’il souhaite. Larmes que l’on appelle « de crocodile », alors qu’elles sont celles de la libellule qui nous fait oublier qu’avant d’être ce fragile être volant, elle fût ce terrible carnassier des eaux.

Pourtant toutes les victimes ne sont pas égales, même devant la force-faible. La force-faible ne peut agir directement en Monde, elle ne peut changer les décisions (philosophies) qui forment ce Monde, elle ne peut qu’en changer les valeurs (les décisions sur les décisions). Pour que la force-faible agisse, il lui faut être médiatisée. Un média qui faisant levier, multiplie son impact.

L’enfant dans les mines du Congo n’aura pas la force du nourrisson brutalisé en Europe. Même localement, où l’on n’ignore pas ce qui se passe, car ce n’est pas la connaissance et le savoir qui font la force-faible, mais la passion pour l’autre. Et cette passion n’obéit pas aux règles de la raison.

La passion-selon-la-victime, se pratique toujours hors de la volonté exprimée de la victime : Une victime qui réclame pour elle l’application de la force-faible la perd aussitôt. Mais c’est une passion qui ne se pratique pas nécessairement hors de la connaissance de la victime. Elle doit seulement laisser ignorer qu’elle le sait : l’enfant qui pleure sait parfaitement (ou du moins espère) que ses pleurs feront agir en sa faveur, mais s’il le montre, ses pleurs seront qualifiés de « caprices ».

La passion-selon-la-victime est également proportionnelle aux dommages involontairement subits tels qu’ils sont perçus par l’Autrui (celui qui n’est pas la victime, ou qui n’est pas celui qui se considère comme victime). Seulement, ce ne sont pas les dommages objectifs qui sont pris en compte, mais les dommages médiatisables. Les dommages qui peuvent être saisis par la médiation d’un conteur, d’une image , d’un son ou de tout support d’un récit.

C’est par le récit que la victime use de la force-faible.

Aussi, plus la victime maîtrise son récit, plus ce récit est diffusé et plus sa force-faible est grande. Bien sûr, son éventuelle résilience – sa capacité à retrouver son état de non-victime – peut forcer l’admiration, mais elle ne peut forcer l’application de la force-faible. De même, ce n’est pas la maîtrise technique du récit qui importe mais l’exemplarité de ce récit. Même si la pratique de certains codes d’expression rend ce récit plus crédible : yeux baissés, voix qui tremble… ces codes qui sont censés être « naturels » à la victime dans nos cultures, se révèlent, pourtant, en d’autres temps et d’autres cultures être constitués d’autres codes (noblesse de conduite, courage devant la douleur…).

Pour toucher l’Autrui, la victime doit construire un récit archétypal où celui-ci peut se projeter en un « moi, à sa place… ». Faisant fonctionner l’empathie à son maximum. Comme dans certains arts martiaux, c’est la force de l’Autrui qui meut la force-faible.

La force-faible restaure à la victime une capacité à agir et faire agir en Monde, qui sans réparer le dommage pourrait être vue comme une compensation. Du moins tant que la victime, elle-même, ne sur-use de la force-faible prolongeant son statut de victime pour son propre profit, car le statut de victime, en forçant l’Autrui à agir pour elle, peut être tentant.

D’ailleurs, l’utilisation nécessaire du média autorise également la manipulation de la passion-selon-la-victime auprès de l’Autrui non pas au bénéfice de la victime, mais à celui du média ou de son donneur d’ordre. Ce qui permet, par exemple, des « interventions humanitaires » qui masquent leur réel but.

Un tel usage de la passion-selon-la-victime par le média transforme l’Autrui en une nouvelle victime en-Monde. Le statut de la première victime empêchant toute ré-flexion de la nouvelle victime sur son propre statut, la nouvelle victime se voyant im-médiatement accusée de vouloir « voler la vedette » à la victime originelle. Permettant à la manipulation de durer bien au delà du raisonnable.

Cet usage dévoyé de la passion-selon-la-victime, permet même de faire accepter à l’Autrui des agissements ou des situations contraires à ses intérêts.. C’est un des rouages du story-telling et de l’Eta-rorisme. L’Autrui, devenu victime, à d’autant plus de facilité à entrer en empathie avec cette victime qu’il ne se reconnaît pas. Il ne perçoit pas directement le dommage pour lui-même. Il acceptera, ainsi, des réductions de l’espace de sa vie privée, des diminutions de libertés, des coûts supplémentaires, des reports de ce qui améliorerais sa vie, pour qu’il n’y ait plus d’autres victimes… sans remarquer que toutes les victimes sont déjà faites.

Pour sortir de ce cercle vicieux, se savoir victime est nécessaire, mais pas suffisant. La force-faible étant toujours médiatisée, c’est en ayant accès au média et à la construction du récit que l’Autrui peut cesser d’être « victimer ».

Le Dieu Méchant et l’Homme à son image.

IV. Si je renonce à ma raison, je n’ai plus de guide : il faut que j’adopte en aveugle un principe secondaire, et que je suppose ce qui est en question.
Denis Diderot, “Addition aux Pensées philosophiques…” (1762)

La plupart des philosophes du passé font passer leur rapport à la Vérité par l’existence (sûre (Descartes…), certaine (Leibniz, Spinoza…) ou éminente (Deleuze…)) d’un Dieu Bon qui « non-trompeur » garanti la concordance entre l’objet/substance/forme/monde et le Réel.

1. Seulement, le Réel n’est ni raison, ni raisonnable
Si la pratique du monde est une pratique qui donne – contrairement au Monde, lui-même, et au Réel qui sont donnés-sans-donation – ; une pratique qui (donne une) trace -scripture – : une mémoire et d’autres pratiques et décisions ; et si cette pratique est rationnelle – qu’elle obéit à la cause et l’effet -, cette rationalité n’est pas « expliquée par la raison », mais elle la cause.
Cependant, la pratique du Monde est causée par la rationalité du Monde, mais la pratique en-Réel n’est jamais causée, ni causante. Ainsi le Réel – immanence radicale – n’est ni parfait, ni imparfait, il est et reste le Réel quoi que l’on pense de lui. Sa perfection ou son imperfection ne peut donc servir de cause à la pratique.

2. La foi en le-Monde
Le Réel, où se meut le Monde, permet cette pratique rationnelle, mais ne la cause pas. Pour que le Monde soit pratiqué, il faut avoir foi en cette pratique-du-Monde, pratiquer le Monde sans preuve absolue de son existence, de celle du Sujet agissant ou de celle de l’effet de son acte.
Même si le Monde est fiction, s’il est virtuel (à la manière de Matrix), le Sujet agis en « toute bonne foi ».
il ne s agit pas, pour lui, de croire au Monde. Car jamais aucune preuve, aucune démonstration ne sera jamais apportée. Il s agit de le pratiquer, sans preuve, ni même véritable besoin de preuve : d’avoir foi-en-le-Monde !

3. La matérialité d’un monde certain est sans suffisance
Si la pensée rationaliste veut, comme la non-philosophie, que la connaissance soit indépendante de l’expérience, et que seule la rationalité du Monde soit nécessaire à sa mise en œuvre, elle demande, en revanche, pour le pratiquer, une connaissance – même hypothétique – de tous les cas possibles. Il est nécessaire d’établir, préalablement au choix qui mène à l’acte, un modèle, des hypothèses, une connaissance de l’environnement à pratiquer, qui sont des décisions (philosophies) matrices du Monde.

Seulement toute pratique du Monde, engage ce Monde et empêche celle des Autres-Mondes que promet pourtant le Réel – immanence radicale -. Car le Réel est liberté-libre et rien de ce qui est praticable ne lui est étranger, même si le Monde se limite toujours à une certaine vision-en-Monde.

Le tiers-exclus et l’identité des indiscernables ne peuvent contraindre le Réel.

4. le Dieu Méchant

XLIX. Et pourquoi punir un coupable, quand il n’y a plus aucun bien à tirer de son châtiment?
L. Si l’on punit pour soi seul, on est bien cruel et bien méchant.
LVI. Tout le mal dont on est capable n’est pas tout le mal possible : or, il n’y a que celui qui pourrait commettre tout le mal possible qui pourrait aussi mériter un châtiment éternel.
Denis Diderot, “Addition aux Pensées philosophiques…” (1762)

Le philosophe peut, alors, renoncer à l’idée de perfection absolue, pour atteindre celle de perfection radicale : « aussi loin que l’on puisse aller sans tomber dans l’idéalité pure. »

La perfection radicale autorise un Dieu-bon : un Dieu qui veut le bien dans son intention, mais qui peut pratiquer pour cela un mal pour y parvenir. Le bien et le mal radical ne sont pas en-Réel, mais Mondains, aussi demandent-ils l’établissement préalable d’une hiérarchie de valeurs mondaines.

Un Dieu-bon n’est pas – et ne peut pas être – un Dieu mauvais : un dieu qui veut le mal (mondain), mais il peut être un Dieu méchant, puisque sa pratique du mal peut affecter ses créatures.

La perfection radicale autorise également un Dieu sans volition ou qui ne désire ni le bien ni le mal (car Mondains alors que lui-même serait Réel) et, qui de ce fait, peut pratiquer ce que ses créatures considéreraient comme mal, mais qui, pour lui, ne participeraient pas à ses critères du juste et de l’injuste; la perfection radicale autorise même un Réel « adéique » puisque Dieu n’est pas nécessaire au donné-sans-donation (du) Réel.

5. Et l’Homme à son image
Une telle pratique d’un Monde-non-éthique peut générer des actes méchants – des actes qui causent (le) mal à autrui -, sans que ce ne soit justifié par l’ignorance de l’acteur (même si l’ignorance est constitutive de la pratique Mondaine, le Réel ne pouvant être forclos et autorisant toujours une pratique autre que celle déterminée en Monde), car les critères de l’action-en-Monde ne recouvrent pas nécessairement ceux de la morale (la hiérarchie des valeurs).

L’Homme Mondain (l’Homme qui agit en-Monde) est contraint par ce Monde, même s’il dispose d’une liberté de dernière instance comme Homme-en-personne.

Mais un tel Monde ne peut plus revendiquer un accès à la Vérité absolue justifié par le Dieu Bon, et cet accès à la Vérité ne peut pas non plus être atteint à partir des paradigmes scientifiques d’expérience et de répétition car l’erreur de l’observation peut en être structurelle.

Le Monde-en-fiction qu’est le Monde en pratique n’a accès à la vérité que depuis la foi-en-le-Monde du Sujet. « Évidence » dans sa pratique solitaire, « Vérité » dans son partage.

Pratique locale de la Victime-en-personne

Ce n’est pas un mal, un mal Réel, un mal absolument Réel que demande la Victime-en-personne. Car le Réel est forclos au Mal comme au Bien – il n’y a rien qui peut contraindre le Réel au Mal comme au Bien -.
Elle ne demande pas non plus un mal halluciné – un mal mondain et contingent (car mondain), un mal qui ne dépende que des décisions de l’homme philosophe. Car ce n’est pas le dommage qui fait la victime. Le dommage n’est qu’une conséquence mondaine de « l’être-victime » : la constatation depuis une hiérarchie morale – une Ethique – de l’absence d’un Bien qui devrait être présent (mais pas cette absence en ma présence qu’est la promesse du donné-sans-donation), une simple absence dans une liste de Biens.-

La Victime-en-personne – la victime radicalement Réelle – sous-vient d’une impraticabilité du Monde en-Réel.

L’impuissance à agir est une forme particulière du non-agir. Le non-agir pourrait paraitre un choix, une volonté, une manière de pratiquer ; l’impuissance à agir, sans jamais s’imposer – car elle n’est jamais acte – rend le Réel impraticable.

Une impraticabilité en-Réel qui n’est pas le fait du Réel, car sinon le Réel serait radicalement impraticable (et non plus ce qu’il est toujours : pratique-en-pratique).

Cette impraticabilité provient d’un blocage du Monde qui devrais être toujours pratiques et décisions. Le Monde pour être praticable demande une rigueur dans la Décision qui ne mène jamais à la contradiction.

Lorsque le Monde est contradictoire sous-vient l’impraticabilité.

La Victime-en-personne n’est plus alors une victime en particulier, ce n’est plus un individu donné, mais tous les pratiquants du Monde. Il n’y a plus de Monde en pratique, mais seulement un Monde statique, un Monde philosophique – en particulier de philosophie politique, cette forme de philosophie qui affirme que « l’homme est X, mais qu’il doit devenir Y » -. Or il peut n’y avoir aucun moyen à l’Homme de devenir Y. La force du Monde à contraindre l’Homme à changer fait émerger alors la Victime-en-personne en l’Homme.

La Victime-en-personne n’est pas liée à un crime, ni un crime commis, ni un crime subit, car tous les pratiquants (du) Monde deviennent Victime-en-personne du (non-)fait de cette impraticabilité. Le crime est un « faire le mal mondain », il demande l’établissement préalable de valeurs du Monde hiérarchisées en Bien et Mal, et ce n’est que depuis cette Morale qu’il y a crime. (Le crime ne nécessite pas l’établissement premier d’une éthique – la mise en hiérarchie des Biens et des Mals – mais participe au contraire à sa définition : le criminel – ce qui est crime – étant le « Mal » de l’Ethique.

Même le criminel – le pratiquant du crime – est aussi Victime-en-personne de la décision (politique) qui a entrainé le blocage du Monde et son impraticabilité en Réel. (Ce qui ne l’excuse en rien puisque l’excuse est mondaine, mais permet de comprendre un non-agir avant-premier à son acte).

Nous entendons par victimes des vécus neutralisés ou sous-vie, des Erlebnisse plutôt que des catégories d’individus même si ces vécus sont repérables depuis ces individus

François Laruelle, vient de faire paraitre « Théorie générale des victimes »