Petit pratique de Traduction : L’éxecution de la traduction

 

Pour la philosophie, certaines questions ont un statut particulier quelque soit l’objet d’étude :

Être et penser sont le même ? La logique peut-elle être indépendante de la pensée ? Les objets pensés ont-ils une existence en dehors du processus de pensée qui permet de les identifier comme tels ? La vérité implique t’elle l’existence ?

En résumé, quel est le statut ontologique du Texte-à-traduire, de l’acte de traduction et du Texte-traduit ?

Même si nous avons vu que la séparation en un avant et un après n’avait pas de fondement nécessairement Réel, cela resterait, tout de même, une observation phénoménologiquement valable.

En non-philosophie, le Réel n’étant pas sensible au statut de l’Être et de la Vérité, la question centrale est celle de la pratique.

Si l’on défini :

* la théorie comme la description des conditions ontologiques de la pratique

* la pratique comme la description exhaustive de l’acte ou de l’action

alors la pratique-en-pratique peut se définir comme la pratique en exécution

Ce qui permet de décrire un ‘exécute’ comme la description de ce qui est nécessaire pour passer de la pratique à la pratique-en-pratique.

Si nous cherchons une métaphore, la théorie est le manuel de l’ordinateur, la pratique est le texte d’un programme de cet ordinateur, la pratique en pratique est l’exécution de ce programme dans l’ordinateur.

La traduction, comme toute pratique-en-pratique demande cet exécute.

L’exécute pourrait être vu comme une propriété du Réel, mais ce serait une propriété qui ne le change en rien, ne le défini en rien. Tel l’Anima antique, il est la condition de l’acte, mais n’est rien seul, ne peut rien seul, n’agit en rien seul, il ne peut même pas être distingué du Réel. L’exécute est le Réel-potentiellement-actif. Ce n’est qu’en présence de philosophie(s) que ces philosophies s’activent. Une philosophie en Réel est une philosophie en pratique.

Il est intéressant de voir que cette pratique-en-pratique, cette pratique-en-Réel ne demande pas plus que la Scripture de philosophies (la détermination de marques en Monde) et l’‘exécute’ pour donner, pour permettre le calcul, la détermination d’un Résultat, d’une (autre) marque en Monde que l’on peut voir comme une surprise puisqu’elle n’était pas identifiable avant. La Vérité n’y est pas une condition nécessaire.

L’informatique pour sa part, nous montre deux modes de pratique-en-pratique : l’interprétation et la compilation.

L’interprétation est une pratique qui associe chaque élément d’un texte ou d’une philosophie-source à un élément d’une philosophie de référence par le moyen de l’identité de formes (pattern matching) afin de déterminer une nouvelle pratique en Monde. Le succès de l’interprétation est évalué à son exactitude (l’identité ou l’équivalence de pratique).

La compilation est le remplacement d’une chaîne (de caractères) par une autre plus apte à permettre la pratique finale. Le succès de la compilation est évalué à son efficacité (en général, la vitesse d’exécution de la pratique finale)

Aussi la Traduction est une pratique qui nécessite plusieurs étapes :

Dans un premier temps, le Texte, la philosophie-source est identifiée. Le Texte devient alors le Texte-à-traduire. Cette étape qui semble une évidence, ne l’est pas du tout. Quel Texte traduire ? Où commencer la traduction ? Ou la finir ? Doit-on prendre tout le texte ou exclure certains passages ? Telles sont les premières questions que se pose le Traducteur (ou la part commanditaire du Traducteur). Pourquoi traduire tel texte et non pas tel autre ? Pour la valeur affectée au Texte-à-traduire ou pour celle que l’on pourra donner au Texte-traduit ?

Puis une interprétation de cette philosophie-source est exécutée qui associe chaque élément du Texte-à-traduire à une philosophie de référence. Cela donne, à la fois, sens au texte, un sens pour le Traducteur et une identité aux éléments (aux décisions) du Texte-à-traduire.

L’occurrence pratique de cette interprétation indique qu’il est possible, sur la base de la forme, de trouver des invariants non pas aux mots et phrases – comme cela nous viens immédiatement à l’esprit – mais aux pratiques. Il est possible de décrire des pratiques et des matériaux dans le Texte-à-traduire (la philosophie-source) et de les identifier dans une philosophie-référence.

La non-philosophie classique – décrite par François Laruelle – nous montre le chemin en décrivant le matériau – à la suite d’Hegel – comme l’identité de l’identité et de la différence.

Ces pratiques et matériaux sont mis en mouvement par l’exécute.

C’est depuis cette identification des décisions (pratiques et matériaux) et non depuis son Sens que pourra se faire l’étape suivante qui se rapproche plus d’un traitement de compilation : le transcodage/encodage/conversion. C’est ce traitement que l’on considère généralement comme l’acte de traduction, mais ce serait un acte impossible sans l’interprétation préalable des décisions.

Dans la pratique, un allé-retour permanent entre l’interprétation et la compilation est effectué validé par l’évaluation de la justesse de l’acte.

Au final, le (nouveau) Texte est identifié comme Texte-traduit.

Ce Texte-traduit est une vision du Texte-à-traduire depuis le Monde (la philosophie-référence) du Traducteur. Toujours il sera possible depuis ce même Texte-à-traduire d’obtenir un (autre) Texte-traduit en modifiant cette philosophie-référence. Cette procédure de traduction ne permet pas d’envisager la possibilité d’un Texte-traduit absolu qui serait le Réel du Texte-à-traduire, l’identité de dernière-instance de ce texte. Car cette identité est une-fois-chaque-fois, elle se renouvelle à chaque pratique (sans d’ailleurs qu’il soit toujours possible d’en déterminer l’identité ou la différence et sans qu’il soit possible de déterminer la hiérarchie des Textes-traduits sans utiliser une philosophie d’évaluation de cette hiérarchie).

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Petit Pratique de Traduction :IV La traduction, la transformation et le calcul.

Si nous ne pouvons nous reposer sur l’essence de la langue, du texte etc. pour permettre la traduction, seul le résultat (la pratique identique ou équivalente) peut alors en être le support.

Nous pouvons donc valablement dire qu’il y a traduction lorsque deux philosophies (Texte ou Monde) permettent une pratique évaluée comme identique (cause finale d’une pratique adéquate ?) et que l’une des deux est donnée par une pratique/traitement sur la première.

Pour la philosophie, la Traduction est un acte de donation d’une philosophie (Texte/Monde) depuis un même.

En philosophie classique, le même, l’identité d’une différence, est pli.

En Non-philosophie, ce « même » peut être dit ‘Etranger-déjà-vu’ : Le Sujet-existant-Etranger déjà en identité identifié, l’Autre-que dont les valeurs (celles de l’Etranger et celle du Sujet (altérité sans différence, agir unilatéral)) déterminent une identité-Un.

Le Déjà n’y fait pas plis, car l’identification en identité, est une-fois-chaque-fois : elle est dans la pratique de cette-fois-ci, et ne dit pas, comme habituellement en philosophie, « ces deux sont identiques absolument », mais « il y a une pratique qui permet – là, maintenant – de décider de la présence de l’identité A en B et celle de l’identité B en A ». Ce que l’on peut nommer des métaphores (« il y a du A en B »).

Nous ne sommes pas dans l’auto, l’auto-donation, ou l’auto-position puisqu’il n’est pas nécessaire pour effectuer cette pratique de savoir comment l’identité de A et l’identité de B nous ont été données : il n’est pas nécessaire de savoir si A et B existent et existent réellement pour permettre la pratique de l’identification. Il n’est pas non plus nécessaire d’en pré-déterminer l’essence : l’identité-identification est (seulement) une pratique-en-pratique : dans l’acte même de cette pratique.

Et, même si l’Etranger-déjà-vu est aussi déterminé en Réel (en-dernière-identité) ce qui permet cette pratique métaphorique – cette connection (d’)étrangers -, cette détermination, en elle-même, n’est pas identificatoire. Cette pratique ne fige pas une identité.

Si l’on à l’habitude de parler de communication, au sujet de la traduction, il s’agit, là aussi, d’une méprise. Il n’y a pas, à proprement parler, de communication lors de la pratique de la Traduction, mais la donation d’un (nouveau) texte. Cette nouveauté, cette surprise-en-Monde, qui résulte de la pratique(-en-pratique) et de son effet de scripture, d’inscription, marque en Monde, ne communique pas, car rien ne dit qu’elle ne sera jamais lue, acquise, identifiée. Même si l’on se doute bien qu’il s’agit du vœu le plus cher du traducteur. Le texte-traduit est le résultat de la pratique de traduction quel que soit l’usage (ou le non-usage) que l’on fera de lui. C’est son état de scripture, de marque, qui permet son usage de Média et non son identité de Traduit.

L’acte de Traduction en Réel ne nécessite plus un acte transcendant, une extériorité, mais l’identité en Réel du texte source, la pratique-en-pratique de ce texte en une philosophie-Référence, et l’évaluation du texte-traduit pour l’identifier comme Traduit, c’est-à-dire comme permettant une pratique identique ou équivalente.

En résumé, nous avons donc 3 pratiques, pour établir une Traduction :

Celle de la philosophie-Source qui donne (en une philosophie-Référence) une philosophie-traduite, celle de la philosophie-source (en une philosophie-valeur) qui donne un Etranger-déjà-vu à celle de la philosophie-traduite (en une philosophie-valeur).

(Nous ne déterminerons pas ici, si les deux philosophies-valeur permettant la pratique de l’évaluation n’en sont qu’une. Seule la détermination de l’Etranger-déjà-vu sera pour nous probant).

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Petit Pratique de Traduction :III Le Domaine de compétence du traduire

III.1 L’Original et la Copie

Il n’est plus si aisé de différencier l’Original de sa Copie, ni par son origine – les deux provenant du même processus (la capacité de l’auteur à mieux connaître sa propre pensée étant, pour le moins, discutable et pour le mieux, relevant d’un a priori philosophique) – ni par son résultat, celui-ci nécessitant systématiquement une évaluation.

Dans le cas le plus extrême, nous pourrions trouver une traduction qui ne reprennent, ni la forme, ni le sens, ni les objets du texte d’origine, pas plus que les mots d’une ou l’autre langue, mais induit dans le lecteur un état particulier qui soit identique à celui du lecteur du texte d’origine, et nous pourrions évaluer positivement cette traduction. Les deux pratiques étant identiques.

III.2 l’auteur et le lecteur

La solution de considérer le domaine du lecteur et de l’écrivain comme deux domaines distincts est, également, difficile. Car l’écrivain est également le premier lecteur, et il pratique généralement une écriture qui permet d’être lue.

Il y a cependant des exceptions :

* des œuvres pensées par l’auteur comme « écriture absolue», des livres que l’on ne peut pas lire car où que l’on commence, on n’en est pas encore au début, comme est l’expérience d’« Heurt limite » de Jean-François Jacq. Mais même de telles œuvres montre la communauté du lecteur et de l’écrivain, non plus dans la lecture, mais dans le vécu, le livre ne permettant que l’expérience, la pratique de ce vécu.

* ou des œuvres dont l’écriture est plus ou moins partiellement laissée au lecteur (c’est le cas ainsi des « romans dont vous êtes le Héros », les livres hypertextuels). Mais là encore, cette pratique réduit drastiquement la distance entre l’auteur et le lecteur.

Si le domaine du traduire, ne peut être tiré du texte, ni du contexte, ni de l’auteurs ou du lecteur, on peut se demander s’il existe encore un « domaine de compétence » spécifique de l’acte de traduire. Même la langue, n’est plus une condition du traduire, puisque l’on peut traduire en conservant cette langue. Les exercices de styles à la Queneau en sont une démonstration.

III.3 l’acte de traduction

Il faut, alors, voir la traduction comme une transformation. Une transformation (d’un texte) d’une philosophie (un Monde) vers une autre. Même si la langue du lecteur diffère de celle de l’auteur, ceci ne forme pas deux domaines distincts pour la pratique du Traducteur, il lui est – au contraire – nécessaire d’en faire un domaine unique qui permette la transformation de l’une vers l’autre.

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Petit Pratique de Traduction :II Le Traduire, une pratique identique ou une pratique équivalente ?

Faire du Traduire une pratique, le classe ipso facto dans l’ordre de l’interprété. Doit-on entendre qu’interpréter c’est aussi comprendre ? Si nous définissons comprendre comme « trouver la fonction-machine, le modèle, la suite de pratiques permises », l’interprétation est une compréhension dès que les conditions de l’interprétation sont préalables et explicites. Or nous avons vu que ces deux conditions sont également les conditions de la pratique pour la machine. Nous pourrons donc dire que notre interprétation est une compréhension à chaque fois que sa pratique (en pratique) sera effective. (En philosophie, la pratique est toujours une description, la pratique-en-pratique en est l’effectuation en Réel, sa mise en acte et non seulement le dire de l’acte).

La pratique identique se détermine aisément par l’identification de l’identité des scriptures en Monde, en revanche, l’équivalence des pratiques, puisqu’elle autorise des pratiques différentes, demande l’établissement préalable d’une philosophie (un ensemble de décisions – matériaux et pratiques -) dans laquelle l’évaluation est possible. Ce sera la pratique en cette philosophie qui déterminera le succès (ou non) de l’équivalence des pratiques premières.

Il est clair que l’établissement de cette philosophie-valeur est déterminante dans le succès de la détermination de l’équivalence, or aucune philosophie a priori ne peut revendiquer être absolument et uniquement la philosophie-valeur à utiliser, et il n’est pas évident qu’il existe une méthodologie pour l’établir.

Cependant, il est possible de déterminer les conditions d’une telle philosophie-valeur :

* la capacité d’identifier les faits-à-traduire et des faits-traduits (A et B)

* le positionnement de chacun dans une hiérarchie de valeurs préexistante h(A) et h(B)

* la capacité à décider (sous la forme si h(A) est inclus dans h(B) et h(B) est inclus dans h(A) alors A et B sont équivalents (c’est à dire, si les valeurs hiérarchiques de A et B sont identiques, A et B sont équivalents).

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Petit Pratique de Traduction :La rigueur d’une pratique universelle de traduction

Il nous faut, maintenant, nous interroger sur ce qui, en Réel, permet une pratique universelle de traduction.

Pour nous y aider, nous pouvons observer ce que les mathématiques, et l’informatique, on définit pour la pratique d’une machine universelle.

I Quelles sont les conditions ontologiques d’une machine universelle de Turing

Une machine de Turing repose sur une capacité du Monde à être inscrit : à recevoir une marque et à la conserver d’une manière telle que son observation soit possible dans ce que nous pourrions appeler un temps second.

Elle repose également sur la capacité du Monde à inscrire, à être le moteur de l’inscription, une inscription conditionnelle, qui obéit à une cause et que l’on peut considérer comme l’effet de cette cause. Cette cause étant explicitement et préalablement inscrite en Monde.

Une inscription conditionnelle repose elle-même sur 3 parties : la capacité de comparer deux (au moins) sections du Monde (et donc de les identifier, de les adresser), de décider de leur identité, puis d’inscrire, dans l’affirmative, la marque convenue en Monde (c’est à dire de le modifier ou de modifier la manière de le percevoir).

Accessoirement, mais ce n’est qu’une condition théorique due à la volonté d’être totalement compatible et interchangeable (traductible) avec les mathématiques classiques, cette capacité à la Scripture du Monde doit être infinie. Mais ce terme d’infini n’est pas clairement défini par les mathématiciens qui l’utilisent.

Nous voyons donc que la machine de Turing, n’est pas compatible avec tous les mondes possibles. Il lui faut un monde sécable en sections adressables, il s’agit donc d’un monde discret dont le mouvement in-fini peut être soit continu (borné, mais autorisant toujours une nouvelle coupure en son coeur), soit une infinitude (borné à un bout et autorisant toujours une nouvelle coupure à l’autre), mais pas un infinitif (non-borné). Cet adressage du Monde construit un espace, mais ne nécessite pas forcément un espace antérieur.

C’est un Monde dynamique, dans lequel on peut déterminer un état présent (et donc des états non-présents). Nous remarquerons, cependant, que ceci n’indique en rien l’existence ou non d’un temps (préalable à ce Monde), mais seulement d’une procédure d’identification en Monde de moments.

Ces éléments, nécessaire à la machine de Turing universelle, (en dehors du caractère infini) ne définissent pas seulement « la machine de Turing », mais sont les conditions ontologiques de toute pratique causée de la Décision.

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Petit Pratique de Traduction

La traduction, est-elle une étape vers un second langage ? Ou le passage par une pratique première ? Cette pratique est-elle, également, une langue ?

La traduction est-elle toujours d’une langue vers une autre ?

La recherche linguistique a, depuis longtemps, pensé qu’il existait une langue « universelle » et tenté d’en extraire les tenants. La non-philosophie, pour sa part, tenterait plutôt une langue « générique« , et rechercherait à en déterminer les « décisions (matériaux et pratiques) ».

Mais une langue « générique » est-elle une langue « originelle » ? Implique t’elle une langue parlée par tous à l’origine ? Implique t’elle même une « langue parlée » ?

Le non-philosophe affirme le « générique » comme différent de l’originel, car le générique est « encore en pratique » dans la langue actuelle, il ne s’agit donc pas ici d’étudier l’histoire du langage et de son développement (même si cette histoire peut permettre de dégager une part du générique).

Qu’est-ce qu’une traduction en Réel ?

L' »impossible traduction », affirmée par certains linguistes provient-elle de la langue ou de ce qu’est une traduction ?

Souvent la traduction est dite impossible lorsque l’on pense qu’il n’est pas possible de « recoder » tous les aspects de la langue d’origine dans la langue d’arrivée (sans faire une recopie littérale) et la traduction est dite possible, lorsque l’on affirme que quelque soit l’aspect de la langue que l’on veut transmettre, il est possible de le transcrire – mais rien n’est alors jamais dit sur l’exhaustivité des aspects recodés -.

Les deux perspectives ne sont donc pas si éloignées.

L’informatique peut être, pour nous, un bon modèle pour comprendre ce qu’est « en Réel » la traduction. En informatique, il existe de nombreux langages, inventés historiquement pour mieux permettre l’expression d’une pensée et sa mise en pratique. Quand ce langage répond aux critères d’une « machine universelle », alors il peut également servir à « émuler » un autre langage – et même tout autre langage universel ou non -.

Nous remarquerons cependant que la machine universelle (de Turing) n’est pas un critère linguistique, mais une méthode de description des pratiques « possibles » (et mathématiques).

Que signifie pour l’informatique : une traduction possible ?

La possibilité d’une pratique indiscernable ! Quand le texte (du programme) A est mis en entrée directement, ou le texte (du programme) B à travers le traducteur, il n’y aucune différence discernable dans la pratique de la machine. Il faut, cependant, se rappeler qu’une pratique indiscernable du point de vue de la machine, n’est pas nécessairement telle du point de vue de l’Homme qui l’utilise. Ainsi quand la traduction à consisté à permettre de passer de l’impression sur papier à travers une imprimante à l’inscription sur écran, il est certain que l’usage pour l’Homme était différent alors que pour la machine les mêmes programmes ont pu être utilisés (du moins au début, les spécificités de l’écran ayant permis plus tard de nombreuses évolutions).

Aussi l’informatique renforce t’elle la question « qu’est ce que traduire ? ».

Gödel nous a montré, en mathématique, qu’il était possible de traduire en nombre l’ensemble de l’arithmétique, une opération de numérisation que nous appelons maintenant digitalisation et qui n’est plus seulement appliquée aux seules mathématiques, mais à tous les aspects « mesurables » du Monde.

Le mesurable est-il l’observable ? N’est-il possible de Traduire que ce qui est mesurable-en-Monde ?

Est mesurable, ce pour lequel il est possible de construire une philosophie-valeur (une philosophie seconde, en rapport avec le Monde) capable en premier lieu d’identifier le fait à mesurer, puis de l’établir dans une hiérarchie ordonnée et donnée en préalable.

Est, alors, non mesurable, ce qui ne peut être identifié ou ne peut être mis en rapport avec une hiérarchie ordonnée.

Si le Réel est (et admet donc) l’inidentifié comme tel (ou plus exactement ce qui peut toujours être déterminé autrement), le Monde, comme Philosophie, connaît l’inidentifié sous le terme même d' »inidentifié », ce qui est une manière de l’adresser et de le désigner.

Il est, ainsi, toujours possible d’identifier le fait à mesurer, ne serais-ce que comme ‘inidentifié’. L’observation du Monde, la détermination d’une identité en Monde est, de la sorte, garantie.

Ne peut, donc, être non-mesuré que ce qui ne peut être mis en rapport avec une hiérarchie. Or, si une telle hiérarchie n’est pas toujours disponible dans une philosophie, le Monde étant décision, il est toujours possible d’en fournir (au moins) une à posteriori.

Bien sûr la donation de cette hiérarchie force le Monde sous un de ses aspects possibles et de ce fait limite la liberté en ce Monde-forcé en ne permettant plus l’accès aux autres choix. Mais sous condition de cette donation, le Monde est toujours mesurable et la question de la traduction du non mesurable ne se pose plus.

La traduction ne peut être limitée à la conversion d’un texte d’une langue (ou d’un langage) dans une autre. Il n’est, en effet, pas de raison de différencier le traitement qui donne un texte dans une autre langue, du traitement qui donne un nombre à une opération (comme le fait Gödel). L’informatique nous montre que toute source d’information discrète peut être digitalisée (transformée en nombre), et, une fois cette opération effectuée, les mêmes opérations peuvent y être appliquées – déplacements/rotations, conversions -.

Quelque soit l’art de l’Auteur (original d’un texte à traduire), ce qu’il a produit peut déjà être considéré comme une traduction de l’idée/concept qu’il a eu dans son immédiateté (avant même sa traduction en mots dans son esprit).

La question de l’Original et de la Copie devient problématique, puisque même du point de vue de l’Auteur, la première version disponible pour les Autres est déjà une traduction et donc une Copie. L’Original n’étant même pas clairement disponible pour celui-ci. Nous pourrions dire, d’un point de vue psychologique, qu’il n’y a jamais d’Original mais toujours des doubles, des copies. Ce premier double étant déjà lui-même une traduction plus ou moins adroite, une « matérialisation » d’une pensée en le Monde. Il devient alors difficile d’affirmer qu’une traduction de cette traduction est plus ou moins proche de l’Original (qui n’a jamais été disponible pour l’Autrui). Une hiérarchie des traductions (y compris celle que l’on considère généralement comme l’Original) ne peut être établie que sur des critères techniques et moraux (esthétiques), mais ne sera jamais qu’arbitraire (même si ces critères sont fournis par l’auteur lui-même).

Pour le non-philosophe, le Monde – la-philosophie – est décision (description de matériaux et pratiques). Toute activité de conversion de la description de décisions d’une philosophie dans une autre est activité de traduction. La traduction est donc une activité très commune, peut-être la plus commune après le calcul (l’expression explicite de la suite de donation de décisions en Monde).

L’unité de mesure de la réussite de la traduction ne peut alors plus être cet objet évanescent et, en définitive, bien mal défini qu’est le Sens. Celui-ci devient même un résultat : la constatation que dans deux philosophies distinctes, on observe une pratique identique. Ce n’est plus dans le Sens – et particulièrement dans un Sens Universel – qu’il faut chercher la bonne pratique de traduction. Les pierres de Rosette et calendriers Incas nous entraînaient à croire que derrière des signes différents représentant des cultures différentes, des Sons, des images, des concepts différents, se trouvait un Sens unifiant qui permettait la traduction. Ce n’est plus le cas.

La non-philosophie, avec l’aide de l’informatique, nous indique qu’il y a quelque chose de plus générique que le Sens, une pratique qui permet au Sens même d’advenir. Cette pratique, comme générique, est la cause même de la possibilité de traduction. Une pratique qui comme souvent en non-philosophie à la forme d’un automate, même s’il n’est pas certain qu’elle soit automatique.

 

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