Le berger, la chanteuse et le pelletier : fable monétaire

Dans le lointain pays d’Utope, vivaient 3 amis : un berger qui, tout le long de l’année, était dans les montagnes à suivre deux moutons, une belle tzigane qui chantait, telle une naïade, en se mirant dans la rivière et un pelletier qui à longueur de journée gravait de merveilleux boutons en corne de bélier.

En Utope, la vie était douce aussi nul n’y a jamais appris à lire, à compter et tous ignoraient ce qu’il en était de la propriété.

Vint un jour, où le berger, sifflant gaiement, voulut apprendre de nouveaux airs et, pour plaire à sa mie, lui faire cadeau des 2 moutons. Mais souhaitant qu’ils profitent encore des beaux jours et des pâturages alpestres, au lieu de les mener dans la vallée, il pris de la terre la format en une tablette et pour chaque mouton, y planta une pierre blanche. Sur le dessous, il gravât sa marque. Et c’est cette tablette qu’il nomma « troupeau » et emporta avec lui.

Arrivé près de la rivière, il expliquât à la Tzigane, ce qu’était la tablette, qui ravie, lui chanta toute la nuit des airs fougueux et entraînants.

Au petit matin, le temps était frisquet, le berger reparti à ses moutons et la chanteuse se dit qu’elle se verrait bien dans une belle veste en peau de mouton.

Elle allât trouver le pelletier, lui demanda une belle veste pour l’hiver. Pour qu’il eu des peaux et le fils pour les coudre, lui donnât, le « troupeau » et pour le remercier de son activité, elle voulu chanter, mais le froid l’ayant prise, elle ne put sur l’instant. Elle confectionnât alors, avec la terre de la rivière, une tablette qu’elle gravât de son signe et marquât d’une pierre blanche. Elle la donnât au pelletier, en lui disant qu’il s’agissait d’un « chant », qu’il pourrait écouter dès que sa gorge irait mieux.

Le pelletier pris le « troupeau » et le « chant » et parti pour la montagne où il retrouva le berger.

Là haut sur la montagne, une des vieilles brebis était morte, mais l’autre avait donné naissance à deux superbes agneaux.

Se disant que ses travaux nécessiteraient beaucoup de peau, le pelletier échangea le « troupeau » et le « chant » contre les bêtes, une pierre pour un animal.

Le berger, le « troupeau » et le « chant », le pelletier, et les 3 moutons, rentrèrent au village. Où le pelletier fit une très belle veste et prépara un grand méchoui pour fêter l’évènement avec ses amis.

Cependant le berger – qui n’avait pas de formation à l’économie (et ignorait même qu’elle exista) – retourna voir la belle, et lui demanda, 3 nouveaux chants contre le « troupeau » et le « chant ». Celle-ci s’exécuta pensant qu’elle pourrait avoir une nouvelle veste, puis allant voir le pelletier, lui commandât une nouvelle veste pour un « troupeau » et un « chant » comme avant.

Mais lorsque le pelletier s’en vint trouver le berger… plus de moutons, et quand il s’en vint trouver la belle, celle-ci fut si dépitée qu’elle ne pu non plus chanter… et il se retrouva avec de la terre et 3 pierres.

Si le berger avait eu une formation en économie, il aurait su que la monnaie est une promesse et que la réalisation de cette promesse la détruit.

Cette promesse, même si elle en a l’apparence, n’est pas une dette, mais un acte futur : un futur acte de transaction.

Une dette serait née, si le berger n’avait pas accepté l’échange contre un troupeau et un chant, mais contre un troupeau et deux chants. Le pelletier aurait pu alors créer une tablette avec son signe mais à la place de la pierre le signe du « chant », produisant une « reconnaissance de dette ». Reconnaissance qui n’aurait eu aucune valeur pour la belle, mais l’engageant lui à obtenir un « chant » (par exemple, en produisant un beau chapeau pour aller avec la veste contre un « chant » de la belle).

Le risque devenant plus grand de non réalisation de la promesse, le berger aurait pu alors demander un « intérêt » (par exemple un bouton par jour) pour lui garantir son risque.

Et, si le berger ne connaissait pas la propriété au moment de la création de la tablette, elle est apparue, de fait, lors de son don à la belle. Et c’est ce don qui a transformé la tablette en monnaie.

La révolution est en marche

En définitive, si la résistance n’est pas la lutte, la lutte n’est elle pas résistance ?

L’émotion si elle ne permet de dire le Monde Vrai, permet certainement de dire le Monde possible. Même si un Monde possible n’en est pas un Monde Réel pour autant. Le possible recouvrant autant l’imaginaire que le concret.

La révolution des crabes
Et un Monde possible devient un Monde Vrai dès que nous le partageons avec l’Autre.

Liberté de croire

Liberté, cri de désespoir clamé par les sirènes dit-on,

hurlement tordu par l’effroi, jeté sur l’onde invisible

d’un chant de gloire à l’Honneur de son propre tropisme.

Totalement hachée, laminée, par la lame intangible

d’une civilisation à l’esprit si imbue d’impérialisme

qu’elle en oublie l’image même de son passé altruiste.

Ce passé gonflé, engrossé de promesses depuis longtemps nubiles,

qui pourtant continuent à tourner en rond sur la piste

démente de la vie quotidienne, pleines d’une verve imbécile

et inféconde, infibulées par les barbelés des prisons.

(en 100 mots)