Le Dieu Méchant et l’Homme à son image.

IV. Si je renonce à ma raison, je n’ai plus de guide : il faut que j’adopte en aveugle un principe secondaire, et que je suppose ce qui est en question.
Denis Diderot, “Addition aux Pensées philosophiques…” (1762)

La plupart des philosophes du passé font passer leur rapport à la Vérité par l’existence (sûre (Descartes…), certaine (Leibniz, Spinoza…) ou éminente (Deleuze…)) d’un Dieu Bon qui « non-trompeur » garanti la concordance entre l’objet/substance/forme/monde et le Réel.

1. Seulement, le Réel n’est ni raison, ni raisonnable
Si la pratique du monde est une pratique qui donne – contrairement au Monde, lui-même, et au Réel qui sont donnés-sans-donation – ; une pratique qui (donne une) trace -scripture – : une mémoire et d’autres pratiques et décisions ; et si cette pratique est rationnelle – qu’elle obéit à la cause et l’effet -, cette rationalité n’est pas « expliquée par la raison », mais elle la cause.
Cependant, la pratique du Monde est causée par la rationalité du Monde, mais la pratique en-Réel n’est jamais causée, ni causante. Ainsi le Réel – immanence radicale – n’est ni parfait, ni imparfait, il est et reste le Réel quoi que l’on pense de lui. Sa perfection ou son imperfection ne peut donc servir de cause à la pratique.

2. La foi en le-Monde
Le Réel, où se meut le Monde, permet cette pratique rationnelle, mais ne la cause pas. Pour que le Monde soit pratiqué, il faut avoir foi en cette pratique-du-Monde, pratiquer le Monde sans preuve absolue de son existence, de celle du Sujet agissant ou de celle de l’effet de son acte.
Même si le Monde est fiction, s’il est virtuel (à la manière de Matrix), le Sujet agis en « toute bonne foi ».
il ne s agit pas, pour lui, de croire au Monde. Car jamais aucune preuve, aucune démonstration ne sera jamais apportée. Il s agit de le pratiquer, sans preuve, ni même véritable besoin de preuve : d’avoir foi-en-le-Monde !

3. La matérialité d’un monde certain est sans suffisance
Si la pensée rationaliste veut, comme la non-philosophie, que la connaissance soit indépendante de l’expérience, et que seule la rationalité du Monde soit nécessaire à sa mise en œuvre, elle demande, en revanche, pour le pratiquer, une connaissance – même hypothétique – de tous les cas possibles. Il est nécessaire d’établir, préalablement au choix qui mène à l’acte, un modèle, des hypothèses, une connaissance de l’environnement à pratiquer, qui sont des décisions (philosophies) matrices du Monde.

Seulement toute pratique du Monde, engage ce Monde et empêche celle des Autres-Mondes que promet pourtant le Réel – immanence radicale -. Car le Réel est liberté-libre et rien de ce qui est praticable ne lui est étranger, même si le Monde se limite toujours à une certaine vision-en-Monde.

Le tiers-exclus et l’identité des indiscernables ne peuvent contraindre le Réel.

4. le Dieu Méchant

XLIX. Et pourquoi punir un coupable, quand il n’y a plus aucun bien à tirer de son châtiment?
L. Si l’on punit pour soi seul, on est bien cruel et bien méchant.
LVI. Tout le mal dont on est capable n’est pas tout le mal possible : or, il n’y a que celui qui pourrait commettre tout le mal possible qui pourrait aussi mériter un châtiment éternel.
Denis Diderot, “Addition aux Pensées philosophiques…” (1762)

Le philosophe peut, alors, renoncer à l’idée de perfection absolue, pour atteindre celle de perfection radicale : « aussi loin que l’on puisse aller sans tomber dans l’idéalité pure. »

La perfection radicale autorise un Dieu-bon : un Dieu qui veut le bien dans son intention, mais qui peut pratiquer pour cela un mal pour y parvenir. Le bien et le mal radical ne sont pas en-Réel, mais Mondains, aussi demandent-ils l’établissement préalable d’une hiérarchie de valeurs mondaines.

Un Dieu-bon n’est pas – et ne peut pas être – un Dieu mauvais : un dieu qui veut le mal (mondain), mais il peut être un Dieu méchant, puisque sa pratique du mal peut affecter ses créatures.

La perfection radicale autorise également un Dieu sans volition ou qui ne désire ni le bien ni le mal (car Mondains alors que lui-même serait Réel) et, qui de ce fait, peut pratiquer ce que ses créatures considéreraient comme mal, mais qui, pour lui, ne participeraient pas à ses critères du juste et de l’injuste; la perfection radicale autorise même un Réel « adéique » puisque Dieu n’est pas nécessaire au donné-sans-donation (du) Réel.

5. Et l’Homme à son image
Une telle pratique d’un Monde-non-éthique peut générer des actes méchants – des actes qui causent (le) mal à autrui -, sans que ce ne soit justifié par l’ignorance de l’acteur (même si l’ignorance est constitutive de la pratique Mondaine, le Réel ne pouvant être forclos et autorisant toujours une pratique autre que celle déterminée en Monde), car les critères de l’action-en-Monde ne recouvrent pas nécessairement ceux de la morale (la hiérarchie des valeurs).

L’Homme Mondain (l’Homme qui agit en-Monde) est contraint par ce Monde, même s’il dispose d’une liberté de dernière instance comme Homme-en-personne.

Mais un tel Monde ne peut plus revendiquer un accès à la Vérité absolue justifié par le Dieu Bon, et cet accès à la Vérité ne peut pas non plus être atteint à partir des paradigmes scientifiques d’expérience et de répétition car l’erreur de l’observation peut en être structurelle.

Le Monde-en-fiction qu’est le Monde en pratique n’a accès à la vérité que depuis la foi-en-le-Monde du Sujet. « Évidence » dans sa pratique solitaire, « Vérité » dans son partage.

Une réflexion au sujet de « Le Dieu Méchant et l’Homme à son image. »

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