L’Observateur générique

Une Vision-en-Un d’un autre temps et d’un autre espace.

Pour un observateur superficiel, la vérité scientifique est hors des atteintes du doute; la logique de la science est infaillible et, si les savants se trompent quelquefois, c’est pour en avoir méconnu les règles.

Les vérités mathématiques dérivent d’un petit nombre de propositions évidentes par une chaîne de raisonnements impeccables ; elles s’imposent non seulement à  nous, mais à  la nature elle-même. Elles enchaînent pour ainsi dire le Créateur et lui permettent seulement de choisir entre quelques solutions relativement peu nombreuses. Il suffira alors de quelques expériences pour nous faire savoir quel choix il a fait. De chaque expérience, une foule de conséquences pourront sortir par une série de déductions mathématiques, et c’est ainsi que chacune d’elles nous fera connaître un coin de l’Univers.

Voilà  quelle est pour bien des gens du monde, pour les lycéens qui reçoivent les premières notions de physique, l’origine de la certitude scientifique. Voilà  comment ils comprennent le rôle de l’expérimentation et des mathématiques. C’est ainsi également que le comprenaient, il y a cent ans, beaucoup de savants qui rêvaient de construire le monde en empruntant à  l’expérience aussi peu de matériaux que possible.

Quelques personnes ont été frappées de ce caractère de libre convention qu’on reconnaît dans certains principes fondamentaux des sciences. Elles ont voulu généraliser outre mesure et en même temps elles ont oublié que la liberté n’est pas l’arbitraire. Elles ont abouti ainsi à  ce que l’on appelle le nominalisme et elles se sont demandé si le savant n’est pas dupe de ses définitions et si le monde qu’il croit découvrir n’est pas tout simplement créé par son caprice. Dans ces conditions, la science serait certaine, mais dépourvue de portée.

Pourquoi donc ce jugement s’impose-t-il à  nous avec une irrésistible évidence ? C’est qu’il n’est que la formation de la puissance de l’esprit qui se sait capable de concevoir la répétition indéfinie d’un même acte dès que cet acte est une fois possible. L’esprit a de cette puissance une intuition directe et l’expérience ne peut être pour lui qu’une occasion de s’en servir et par là  d’en prendre conscience.

L’induction mathématique, c’est-à -dire la démonstration par récurrence, s’impose au contraire nécessairement, parce qu’elle n’est que l’affirmation d’une propriété de l’esprit lui-même.

De la célèbre formule, « le continu est l’unité dans la multiplicité », la multiplicité seule subsiste, l’unité a disparu.

Les axiomes géométriques ne sont donc ni des jugements synthétiques à priori, ni des faits expérimentaux.

Ce sont des conventions;

Dès lors, que doit-on penser de cette question : La géométrie euclidienne est-elle vraie ? Elle n’a aucun sens.

L’expérience est la source unique de la vérité : elle seule peut nous apprendre quelque chose de nouveau ; elle seule peut nous donner la certitude. Voilà  deux points que nul ne peut contester

Les faits tout nus ne sauraient donc nous suffire ; c’est pourquoi il nous faut la science ordonnée ou plutôt organisée.

il ne suffit pas qu’une théorie n’affirme pas des rapports faux, il faut qu’elle ne dissimule pas des rapports vrais

C’est un malheur pour une science de prendre naissance trop tard; quand les moyens d’observation sont devenus trop parfaits. C’est ce qui arrive aujourd’hui à  la physico-chimie ; ses fondateurs sont gênés dans leurs aperçus par la troisième et la quatrième décimale ; heureusement, ce sont des hommes d’une foi robuste.

Poincaré, La Science et l’hypothèse, 1917

« Ce n’est pas parce que le papillon rêve que le réel n’est plus le réel ».

C’est en ces termes que la non-philosophie pourrait affirmer l’immanence radicale : le Réel, ne nécessite pas l’Autre, l’observateur, le sujet pour être le Réel et cet autre, cet observateur, ce sujet, et son objet sont « en Réel » philosophiques. Par contre, quelque soit les définitions, observations, mise en avant, que l’on puisse faire du Réel, une définition, observation, mise en avant, différente, voir contradictoire pourra toujours être faite, par la suite, sans empêcher le Réel d’être Réel, ni le changer en quoi que ce soit.

Si Michel Henry, définissait l’immanence comme l’essence de la transcendance, ce qui pose l’immanence dans un rapport de fondement de la transcendance, la non-philosophie ne considère pas l’immanence radicale comme fondatrice. Pour elle, la transcendance est l’anima de la pratique : la pratique « en pratique ». Dans cette optique, la transcendance doit être vue comme un mouvement. Le mouvement qui donne, qui donne avec donation depuis la philosophie mais toujours « sans-donation » en Réel. Un mouvement qui cause l’apparence d’un avant et d’un après, mais sans que rien ne soit ajouté ou soustrait du Réel, comme l’onde d’une vague dans les profondeurs de l’océan.

En non-philosophie classique, la science est sensée avoir un accès privilégié au Réel, accès que la philosophie doit acquérir. Mais cet a priori est en définitive discutable et non nécessaire à la pratique non-philosophique. Car la science n’est pas plus précise que la philosophie sur l’immanence, elle qui croit pratiquer seulement dans une transcendance, une transcendance qui se refuse l’origine et le but : Une transcendance tronquée à l’expérience, à l’expérimental. Elle pose sur le Réel un regard, en définitive, philosophique (à travers des modèles, des simplifications et des hypothèses).

Si la non-philosophie est unique – puisque seulement usage de moyens qui pratiquent en immanence radicale – cette pratique donne dans la multiplicité (des non-philosophies occasionnales) qui apportent à l’expérience sa généricité.

Pour la non-philosophie, le Temps et l’espace ne sont pas des prérequis à la pratique en Réel. Il n’est, alors, plus nécessaire de les considérer autrement que comme des « matériaux philosophiques » qui ne sont Réels qu’en dernière-identité.

  1. Prolégomènes : La posture non-philosophique

La non-philosophie affirme que ce qui permet de l’identifier spécifiquement, de la distinguer de la philosophie classique, est sa posture. Une posture n’est pas une idée ou un concept, ce n’est pas une théorie ou un modèle, c’est une manière d’être au monde.

Cette posture peut s’exprimer :

Réel, immanence radicale, donné-sans-donation et dans le même geste la-philosophie en Réel”

  1. Le Donné-sans-donation

le Donné-sans-donation est ce qui est le plus radicalement loin des opérations de cause et de causalité, ce qui n’est que dans la pratique du Don (ce qui est donné), sans qu’il n’y ait de pratique du donneur, du receveur, d’un tiers ou de tout autre mixte entre le Don (ce qui est donné) et la pratique de ce Don. Le Donné-sans-donation détermine ce qui est donné sans aucun pli philosophique de cette détermination à une cause ou une causalité autre.

  1. La-philosophie

La-philosophie (avec un tiret) exprime chaque philosophie une-fois-chaque-fois. Non pas toutes les philosophies, les philosophies considérées comme un tout, mais chacune d’entre elles prises chacune leur tour (sans qu’il n’y ait aucune relation temporelle ou hiérarchique dans ce “à leur tour”). Les différentes philosophies actuellement déterminées ou déterminables peuvent être contradictoires les unes avec les autres. Les totaliser serait rendre inconsistant ce Tout, aussi tout et n’importe quoi pourrait être dit (comme l’affirme parfois les adeptes du relativisme). Alors que prises une-fois-chaque-fois, leur cohérence interne continu à jouer. Si toujours une nouvelle philosophie peut être ajoutée à la-philosophie cette nouvelle philosophie aura sa cohérence propre. Cohérence qui ne permet pas de dire “n’importe quoi” en elle.

Toute philosophie – décision- est l’affirmation d’une Vérité. Toute philosophie dit « Ce que je vous dis est Vrai ». Cette Vérité nécessite une construction qui soit consistante et complète. Considérer les Philosophies comme un Tout ne permettrait plus d’atteindre cet état, alors que les considérer une-fois-chaque-fois maintient la pratique originelle de ces Philosophies.

  1. La pratique non-philosophique

Toute la pratique non-philosophique consiste à ne pas porter de jugements – équitables ou non – à ne pas mettre en cause la philosophie. Mais dans le même temps, la non-philosophie tente de penser ce matériau dans son (non-) rapport au Réel – immanence radicale -, sans rapport à une Vérité.

La non-philosophie tente de pratiquer sa posture tout en conservant le matériau philosophique dans sa capacité à être également pratiqué. Tout comme dans la démarche scientifique, si elle découvre qu’elle n’y parvient pas, elle corrige sa pratique pour y arriver. Aussi en sommes nous déjà à la version 5 (philosophie 5) et nous sentons venir une version 6 (peut être plus axée sur le non-rapport à l’espace-temps).

Pour cela, elle utilise deux modes d’affirmation de l’aspect en Réel de ce qu’est le matériau philosophique (aspect qu’elle désigne comme clone) :

  1. l’oraxiome

L’oraxiome est la réponse sans question (et donc sans la pratique en mouvement qu’elle implique), l’annonce faite (en/a) Réel. L’acte de foi en Réel : sans cause, mais pas sans conséquences. La Vision-en-Un, comme opération du Réel au Réel, savoir avant premier.

  1. le générique

Le générique est le résultat de la collision en Réel, immanence radicale, de deux matériaux philosophiques (généralement choisis dans deux philosophies suffisamment distinctes pour que l’énergie générée crée une nouvelle particule.)

Le nouveau quanta – objet générique – créé peut toujours être pratiqué dans chacune des philosophies originelles, mais montre alors une distance avec le matériau originel que le non-philosophe considère généralement comme explicative, même si elle ne participe pas à la connaissance, au sens, à l’observation comme analyse : une fiction philosophique qui éclaire et révèle sa source.

  1. L’éthique non-philosophique

Associé à la posture, la non-philosophie affirme une éthique. Une éthique qui peut se formaliser :

  • a’ en-Réel

  • a’ est la mesure de toutes choses.

La plupart du temps, François Laruelle, prend pour objet ‘a’ : l’Homme ou la Science. Et en règles générales, j’utilise moi-même comme objet ‘a’ : la Rigueur ou la Machine.

La détermination de cette éthique est comme un « axiome du choix » de la non-philosophie. L’établissement d’une méthode pour choisir une philosophie particulière dans la-philosophie et y prendre du matériau. Elle n’ajoute pas de signifiance, ni n’impose un sens au Réel, mais lui donne une « couleur », lui ajoute de la valeur.

  1. Les conditions du Monde (de la machine de Turing et de la traduction)

    1. la pratique de la Vérité

la non-philosophie tente de se maintenir dans les conditions d’Heisenberg :

non pas , comme la philosophie, dans la Vérité : « ce que je vous dit est Vrai », mais pas non plus dans celles de la Fausseté.

Elle nomme cet état : Philo-fiction. Une philo-fiction peut être fausse dans une philosophie donnée, sans la contredire mais il existe (au moins) une philosophie où elle est Vraie et donc, on ne peut démontrer sa Fausseté en Réel (Le Réel est hors du Vrai et du Faux, mais sa pratique peut être bloquée dans une philosophie.)

Ainsi dire que le Temps n’est pas une durée, contredit la philosophie de Bergson, alors que dire qu’avec tel matériau générique, on peut déterminer une Durée qui est hallucinée, ne la contredit pas (tout en étant faux dans cette philosophie de Bergson (où la Durée ne peut pas être dite hallucinée)).

  1. Le rêve du papillon de Tchouang-Tseu

Quelque soit ce dont on rêve, pendant ce rêve, la pratique de ce rêve même est Réelle. Rien ne peut transcender le Réel et en sortir ou y entrer. Il n’y a pas d’au delà du Réel, au delà est encore et toujours Réel. La question que pose le rêve, n’est pas « ce dont on rêve », mais l’acte même de rêver. C’est cet acte qui est Réel, quelque soit par ailleurs, le statut des objets rêvés. Un objet imaginaire peut donc avoir une pratique Réelle, et cette pratique avoir elle-même des effets Réels. Dire alors que cet objet est irréel devient problématique. – même si simultanément, dire que cet objet est Réel l’est tout autant, puisque ce n’est pas l’objet qui est Réel mais sa pratique -. Mais si la pratique d’un objet est Réelle, cet objet peut il être considéré comme absolument irréel ?

  1. les conditions de l’expérience

En non-philosophie, l’expérience n’est pas l’expérience vulgaire et contingente propre à un individu. L’expérimentation est la construction d’un ensemble de pratiques et de décisions (modèle) et sa mise en pratique (mise au Monde). Elle est la pratique en Monde – en la-philosophie – d’un générique.

Elle demande ainsi la capacité du Monde à être inscrit : à recevoir une marque et à la conserver d’une manière telle que son observation soit possible dans ce que nous pourrions appeler un temps second. Une inscription conditionnelle, qui obéit à une cause et que l’on peut considérer comme l’effet de cette cause. Cette cause étant explicitement et préalablement inscrite en Monde.

3 étapes sont donc nécessaires : la capacité de comparer (au moins) deux sections du Monde (et donc de les identifier, de les adresser), de décider de leur identité, puis d’inscrire, dans l’affirmative, la marque convenue en Monde (c’est à dire de le modifier ou de modifier la manière de le percevoir).

En résumé, je vous laisserais déterminer à quoi peut donc servir la non-philosophie (même si François répète qu’elle « ne sert à rien »)…

  1. Espace-temps vs mouvement-mémoire

« Nous l’avons dit et nous ne saurions trop le répéter, la science de la matière procède comme la connaissance usuelle. Elle perfectionne cette connaissance, elle en accroît la précision et la portée, mais elle travaille dans le même sens et met en jeu le même mécanisme. Si donc la connaissance usuelle, en raison du mécanisme cinématographique auquel elle s’assujettit, renonce à suivre le devenir dans ce qu’il a de mouvant, la science de la matière y renonce également. (…) Mais toujours elle considère des moments, toujours des stations virtuelles, toujours, en somme, des immobilités. C’est dire que le temps réel, envisagé comme un flux ou, en d’autres termes, comme la mobilité même de l’être, échappe ici aux prises de la connaissance scientifique. »

Henri Bergson, Evolution Créatrice, Edition critique, Paris Puf quadrige, 2009, p. 335.

« La ligne qu’on mesure est immobile, le temps est mobilité. La ligne est du tout fait. Le temps est ce qui se fait, et même ce qui fait que tout se fait. »

Henri Bergson, La pensée et le Mouvant, Editions Puf Quadrige, Paris, 2008, p. 3

Il était une fois, très très loin…

C’est ainsi que devrait commencer tout texte de non-philosophie. Tous les enfants savent (où plutôt n’ont pas besoin de savoir pour le comprendre) que ce que l’on va leur raconter n’a jamais eu lieu dans le passé, pourtant cette histoire est Réelle. Jamais une princesse n’a été réveillée d’une mort éternelle par le baiser d’un prince charmant. Cette histoire est à vivre dans la pratique même de son conte. C’est pour cela que – dès la fin du conte – ils vous réclameront un « encore ». C’est dans la pratique du conteur que le conte est Réel. Il n’y a pas de temps continu, au conte, pas d’avant, et pas non plus d’après. Pourtant il y a un vécu du conte, un pendant.

Ce Temps du conte, contrevient au « Temps Réel » Bergsonieni non pas par sa durée – il n’est lui-aussi que durée – ni par son expérience, mais par l’aspect discret et répétitif qu’il montre. Le Temps du conte montre à la fois un aspect subjectif et un aspect de pratique dans la durée.

La philo-fiction, est cette rencontre en-Réel, – mais hors d’un Temps connu – d’une pratique (en Monde) de plusieurs philosophies. Ce que nous allons tenter aujourd’hui, est une philo-fiction du Temps et de l’Espace.

Depuis Einstein, l’espace et le temps sont vus comme une instance unique s’influençant réciproquement. L’espace-temps est vu comme un continuum à 4 dimensions. Mais reste toujours dans un esprit pas si éloigné de la vision précédente de l’Éther où la physique distinguait l’un de l’autre : les 3 dimensions d’espace et la dimension de temps (convertie en espace par sa transformation en distance parcourue (année-lumière)).

L’Espace-temps de la physique contemporaine est toujours origino-centré. La révolution copernicienne étant passée par là aussi, l’origine, n’est plus exprimée en fonction de l’Homme ou de la Terre, mais toujours cette origine est nécessaire à sa vision (et à ses calculs). L’Etalon de référence utilisé se devant d’être fixe (C : la vitesse de la lumière, et les dimensions orthogonales de l’espace).

  1. Un Temps Générique (Qu’est-ce que le temps ?)

chaque instant est «inconsistant logiquement », puisqu’il doit avoir des propriétés (présent, passé, présent) incompatibles. La coordination du temps dépend de l’horloge.

McTaggart J.M.E, “The Unreality of Time”, 1908, pp. 457-474

Comment le Temps peut-il avoir des manifestations phénoménologiques aussi variées ? Comment peut-il prendre l’aspect d’une succession d’instants quasi-cinématographiques, de séries pour McTaggart, de coupures dans un flux pour Deleuze ou d’une durée insécable, mais ne cessant de surgir pour Bergson ?

Quelle est l’identité de dernière instance de ce Temps mondain ?

Une identité qui ne soit pas répétition et pli du même, puisque l’identité en Réel est une-fois-chaque-fois. Mais n’est-ce pas contradictoire avec l’essence du Temps qui se manifeste au contraire comme retour du même ? Où y a t’il une manifestation du Temps qui ne corresponde pas à son essence ? Un Etre-Temps philosophique d’un Temps en-Réel ?

Le Temps en-Réel est en immanence radicale, processus, mouvement, aussi s’il détermine en dernière identité le Temps philosophique, il ne peut être cause de la différence et de l’altérité.

Le Réel n’est pas le lieu de l’expérience. L’expérience demande l’hypothèse, et le Temps de la causalité où se déroulent ses effets. Ces critères déterminants de l’expérience sont Mondains. Le Temps en-Réel ne peut donc pas être déduit de l’expérience. Il lui est premier – et même avant-premier – puisque Réel.

Le Temps en-Réel est changement, mais changement sans mémoire de l’état précédent – et donc sans identification de l’instant suivant –. Un mouvement qui ne se détermine pas par comparaison entre deux fixités. Donc un mouvement que l’on ne peut ni prédire, ni savoir – le savoir du mouvement demandant la détermination de ces différences -. Mais un mouvement en pratique.

La philosophie – le Monde – pratiquerait une opération de « Vécusation », de clonage, d’identification du Temps en-Réel (qui ne serait plus une simple opération de « dire le nom », mais une véritable opération de donation d’une identité – philosophique celle-ci -.). La philosophie opérerait pour cela une fixation du Temps en Monde qui – comme une photographie – le « scripterait », l’écrirait en Monde. Le rendrait utilisable, lui permettrait de devenir cause-en-Monde. Ce serait sur cette cause-en-Monde que se construirait l’instant présent, l’instant suivant et la durée qui est leur entre deux.

Le Temps de la philosophie, est déterminé depuis le Temps en-Réel par mémorisation d’une origine, puis de quantités de distances ou de cycles – qui sont des distances circulaires -. Un tel assemblage forme ce que l’on peut appeler une Horloge. Ce n’est qu’en rapport à cette Horloge que le Monde peut utiliser le Temps – philosophique et causal -. Le Temps Mondain est crée en la philosophie par l’usage de l’Horloge.

Un mouvement en pratique, ne demande que de l’espace et cette capacité du Réel à toujours être autre. L’identité en dernière instance du Temps en-Réel ne demande donc que de l’espace.

  1. Un Espace générique, l’adresse/les coordonnées génériques

L’espace est traditionnellement vu par la philosophie comme étendue, une étendue infinie.

Mais pour que l’espace soit adressable, que l’on puisse le parcourir, il est nécessaire que l’on puisse en identifier des parties et pas seulement son « tout comme espace ».

Cette vision n’est pas compatible avec tous les mondes possibles. Il lui faut un monde sécable en sections adressables, il s’agit donc d’un monde discret dont le mouvement in-fini peut être soit continu (borné, mais autorisant toujours une nouvelle coupure en son coeur), soit une infinitude (borné à un bout et autorisant toujours une nouvelle coupure à l’autre), mais pas un infinitif (non-borné). Cet adressage du Monde construit un espace, mais ne nécessite pas forcément un espace antérieur.

  1. Le discret et le continu

Nous avons l’habitude, en philosophie comme en mathématiques, d’opposer les notions de discret et de continu. Le continu est censé être ce qui est d’un seul tenant, et le discret ce qui se résout en (permettant d’identifier) un seul individu. Aussi peut-on se demander si les deux notions s’opposent vraiment ? Ce qui est d’un seul tenant ne se résout-il pas nécessairement en un seul individu ?

Discret ne signifie pas concret, matériel, épais, « qui a une réalité », mais dont l’individualité peut être identifiée.

Et ne pourrions-nous pas utiliser comme définition du continu : ce qui “a toute tentative de coupure se révèle participer au même individu” ? Ce qui définirait comme continu, tout ensemble dense sur son domaine de définition.

Serait alors discret ce qui pourrait être identifié, et continu ce qui peut être identifié et serait connexe en tous points. La rupture de connexité en au moins un point, ne serait plus une caractéristique du discret en général, mais d’un type de discret : le discontinu.

  1. L’espace discret comme rapport de connexité

L’espace – cet espace qui peut être parcouru, pratiqué en son intériorité – peut alors être identifié comme l’ensemble des éléments discrets et connexes formant une continuité.

Cependant la carte n’est pas le territoire. Affirmer que deux éléments discrets forment un même est un acte hautement philosophique : une décision. C’est un acte mondain. C’est l’affirmation que deux points/espaces entre dans un certain rapport.

L’identité de dernière instance de l’Espace en-Réel permet cette mise en rapport, mais pratique un espace en Un. Un espace unifié. L’espace en-Réel n’est pas une question de surface ou de volume. Ces deux propriétés sont des constructions à partir de capacités plus fondamentales de l’espace en-Réel :

La capacité a permettre la connexité, c’est à dire de permettre a plusieurs lieux de se dire connectés.

La capacité de mouvement, c’est à dire de modification de ces connexités.

À partir de ces capacités premières, le Monde – la philosophie – détermine les dimensions : le nombre de lieux connectés ensembles. Nous voyons immédiatement, qu’il n’est pas nécessaire que ce nombre de dimensions soit constant en tous points. L’Espace en-Réel n’est pas a priori à 1, 2 ou 3 (ou plus) dimensions. Sa dimensionalité doit être évaluée localement – à chaque rattachement que nous pouvons appeler « sommets », chaque liaison d’un sommet à un autre pouvant être appellé « arretes » -, et n’est pas nécessairement constant, l’identité en-Réel étant une pratique une-fois-chaque-fois.

Depuis le mouvement est déterminé un rapport (de forces), en Monde, comme la mémoire de l’origine et le calcul de la distance rapporté à une Horloge (qui est elle-même origine et distance). Les Distances elles-mêmes sont des rapports d’une quantité discrète sur une unité discrète qui sert d’étalon. De cette différence Mondaine résulte la vitesse et les autres valeurs considérées comme physiques de l’Espace (Mondain).

Une Force est l’identité du lieu de rencontre des connexités et de leur poids respectifs. Aussi une force est-elle toujours-déjà un rapport de force(s). Mais l’Espace en-Réel qui permet en dernière identité toutes ces déterminations n’est que changement de connexités. Il est donc changement dans les rapports de force(s).

Passer de l’Espace en-Réel à l’Espace Mondain demande donc toujours les opérations de « vécusations », de clonages, mais dans un contexte précis que nous pouvons appeler « l’observateur générique ».

  1. Un observateur générique

L’observateur générique est cet ensemble de qualité que doit posséder une philosophie – un Monde – pour déterminer un espace et un temps (ou un espace-temps lorsque comme la science moderne nous comprenons que l’Espace et le Temps ne sont qu’Un en dernière identité).

L’observateur générique est mémoire, c’est à dire qu’il inscrit en Monde ou permet l’identification en Monde d’une surprise, de ce qui n’était pas inscrit, « scripté » avant son intervention. Cette mémorisation doit être conditionnelle, elle ne se réalise que si certaines conditions se présentent. L’observateur générique doit être capable de lire, traduire, interpréter localement ce qui en-Réel est présenté et d’y réagir par une marque en Monde.

Ces qualités sont aussi celles d’une machine (de Turing).

L’observateur générique est la construction d’un espace et un temps en accord avec le Monde – la philosophie – où il pratique. Pour cela il construit une Horloge et depuis cette horloge classe et ordonne sa mémoire. Créant, ainsi, passé et présent. Il forme le Futur comme un calcul depuis ce qu’il sait de l’espace-temps. Calcul qui, inscrit en Monde, devient mémoire au présent (accessible dans la pratique en cours).

La Science classique ne distingue pas la construction due à l’observateur générique du vécu de la pratique en Réel. Aussi n’est-elle pas bien placée pour identifier les aspects philosophiques de l’observateur générique.

Une science philosophique est peut être une réponse. Puisque les Mondes (qui disent les vrais) ne peuvent revendiquer « le Vrai », une science qui identifierait la pratique de l’observateur générique distinctement de la pratique en Réel, aurait une meilleure pratique du Monde. Cependant, l’art pourrait sans doute y parvenir tout aussi facilement – et peut être beaucoup plus facilement puisque l’art prend toujours-déjà en compte l’observateur.

La causalité est Mondaine, mais la pratique qui en est la source est Réelle. La pratique permet une connaissance (indocte) non hiérarchique. une connaissance qui n’est pas une opinion car elle ne dépend pas d’un contexte (d’un Monde). Elle est ce qui est le plus éloigné du veau d’or.

Les choses ne peuvent être seulement par nature, il leur faut être identifiées (ce qui est une opération) acte qui demande un étalon (modèle) qui vaut alors nature, mais ne peut être « en soi ».

Le Reve du papillon est tout aussi Réel que la Terre que je foule éveillé. Pour que le Rêve soit un Rêve, il faut une certaine pratique en Réel du Rêveur, et c’est cette pratique que nous appelons Rêve. Ce n’est pas parce que l’Objet du rêve est une hallucination que le Rêve n’est pas Réel. En dernière identité, le Rêve est tout aussi Réel que le Rêveur ou la Terre qui le porte.

Mais l’hallucination ne s’arrête pas là. La-philosophie -le Monde -est décision. Tout objet (du) Monde est décision et pourrait être autre. Si le Vécu (l’enregistrement historique des identités pratiquées par le Sujet, la forme de la transcendance en l’immanence radicale (du) Réel, ce savoir non-cumulatif qui reste constant ou « le Même » par une superposition qui se fait de soi avec soi) détermine l’objet, c’est seulement transcendantalement à une philosophie. Le Réel n’est pas suffisant à déterminer seul l’identité de l’Objet.

L’Objet Mondain, ne peut pas plus que le Rêve revendiquer pour lui-même l’accès direct au Réel.

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