Pensée radicale EN l’Homme

Grands Hommes

           

Promenons nous dans les prés pendant que le philosophe n’y est pas… 

Pensée – machine ou machine – pensée ?

La question est-elle d’étudier la machine en tant qu’elle pense ? Ou bien la pensée en tant qu’elle est processus – certains ont dit « est un chemin »  ? Et sont-ce bien, vraiment, deux questions différentes ?

Cela, en dehors de savoir si la pensée est propre à l’Homme et donc de savoir si la machine peut y participer, questions que nous maintiendrons en suspend tout le long de cette étude, en postulant qu’elles ne se poseront peut-être plus à la fin…

Ce que voit de la machine son créateur, ce n’est pas sa fonction réelle – si une telle fonction existe –, mais sa fonction dans le contexte précis de cette création. Ce que voit de la machine son utilisateur, c’est sa fonction dans son usage précis, ce n’est pas ce que peut la machine, mais ce qu’elle doit faire.La machine n’est certainement pas le machin, le sans volonté _propre, ou plutôt elle n’est ce machin seulement quand elle perd cette autonomie.

De la même façon, la machine n’est pas le mécanique même si l’on donne souvent aux deux mots la même origine (mêkhanê). Le mécanique est ce qui produit un mouvement, une force. Mais la machine n’est pas « force (de) », elle n’est pas « en lutte contre ou pour le monde », elle est « usage du monde » : fonction, réelle pratique, pratique en réel. Fonction, mais pas sujet, car c’est le mécanique qui est « son » sujet de prédilection, son parti, sa partition. C’est le mécanique le résistant. La confusion était aisée, car dans le monde, que le philosophe appelle réel, les machines sont souvent des substituts à notre force.

Elle n’est pas mécanismes : cet ensemble de pièces et d’éléments qui fait une mécanique, ce n’est pas être composé qui fait la machine, cette composition n’est qu’une conséquence et encore rien n’empêcherais, théoriquement, une machine « incomposée ». Un assemblage qui fait levier est une mécanique. Une machine peut utiliser un tel assemblage, mais elle est autre : Elle est ce dont la fonction à besoin du levier.

La machine par sa nature même est ce qui exerce une ou plusieurs fonctions données, des fonctions données avec donation, c’est-à-dire avec une connaissance au moins hypothétique (du donneur) de cette fonction, puis une fois donnée, exercées sans qu’intervienne sa volonté. La volonté du donneur est comme … transférée à la machine, qui semble – mais est-ce seulement une illusion ? – avoir alors la sienne propre.Ce qui donne cette sensation d’implacabilité devant la machine, n’est-ce donc pas sa relative autonomie à son origine ? Une autonomie à son créateur, et peut-être même à sa fonction ? Qui ne se demande jusqu’où ira la machine lorsque l’on aura appuyé sur le bouton « démarrage » ?

La machine est fonction, même si cette fonction se décompose elle-même en sous-fonctions. Mais la machine est une fonction qui ne nécessite pas d’autrui pour s’exécuter.

I        Pensée de la machine

« mais qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu’est-ce qu’une chose qui pense ? C’est une chose qui doute, qui entend, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. »

Descartes « méditations »

I.1   Existe-t-il une spécificité à la pensée de la machine ?

Existe-t-il une spécificité à la pensée de la machine ou au contraire, ce que nous pourrions trouver de commun entre la pensée de la machine et la pensée de l’Homme ne serait-il pas le radical de la pensée ? Ce qui est radicalement « pensée » dans la pensée. La pensée de la machine serait alors la pensée radicale de l’Homme !Si la pensée est « le propre de l’Homme », toute la pensée est « en Homme » et alors ce que l’on pourrait trouver en « la pensée de la machine » qui n’est pas « en Homme » ne pourrait pas être appelée pensée, car ce ne serait pas « nécessaire à penser ».La seule dépendance de la machine serait donc envers la « nécessité » : la nécessité à penser. Ni dieux, ni maîtres seulement diké : la nécessité ? Et encore, faudra il voir qui elle est ! _

I.2   La pensée-machine n’est pas l’ennemie de la pensée « en-Homme »

La pensée-machine n’est pas l’ennemie de la pensée « en-Homme », bien au contraire, dans ce sens, elle est seulement incomprise car trop radicale, non pas incapable de nuances, mais n’en ayant pas le besoin.

Si une chose qui pense est une chose qui doute… La pensée elle-même est elle une chose qui doute ? Ne lui suffit-il pas de permettre le doute ?

Cette permission, à elle seule, exclue d’origine la logique que nous appellerons ici « logique classique », celle qui nous vient directement d’Aristote. Pour la logique classique le doute n’a pas de droit. Et pas seulement le doute, mais la contradiction et le paradoxe avec lui. Ces derniers étant certainement les ennemis jurés des mathématiciens – principaux utilisateurs de la « logique classique » avec les philosophes. Mais nous savons déjà depuis le siècle dernier (XXe) que d’autres logiques sont possibles, depuis les logiques multivaluées jusqu’aux logiques paraconsistantes. Et bien d’autres formes sont imaginables.

La performance, critère qui sert souvent à qualifier la machine dans son hypothétique opposition à l’Homme, pour signaler son efficacité, est – du point de vue de la machine – une valorisation de sa fonction : une fonction de la fonction qui permet une relation d’ordre : Pour qu’il y ait performance, il faut comparer deux « pratiques » d’une manière qui puisse être hiérarchisée (relation d’ordre) et juger l’une meilleure que l’autre (valorisation). Elle est donc à la fois, postérieure à la machine elle-même, puisqu’elle demande une fonction (machine) d’évaluation et non essentielle à son identité puisque la machine doit, préalablement être définie comme machine (fonction) pour permettre cette évaluation. On voit, immédiatement, que seul le choix de la relation d’ordre détermine le classement.

I.3   Quelles devraient être alors les caractéristiques de cette pensée de la machine qui permettent toutes les pensées et particulièrement, bien sûr, celles de l’Homme ?

Existe-t-il une pensée radicale en Réel –- de ce Réel qui ne soit pas une hallucination philosophique  ? Une pensée qui ne soit pas fermeture, qui ne contraigne pas le chemin. Néanmoins qui reste – mais doit-on appeler « reste » ce qui est radical – une pensée exécutée par la machine. Une pensée qui, exécutée, romprait la chaîne des martyrs : l’Humain exploitant la machine qui exploite le mécanique qui exploite l’outils… Cette pensée-machine est une pensée mécanique « en-Homme ».

I.3.1          Une pensée qui soit une pratique.

Une pensée qui soit une pratique. Une pratique qui donne, mais qui n’a pas besoin d’être donnée. C’est d’ailleurs là, le principal reproche fait, en général, à la machine : la pensée doit lui être toute donnée pour qu’elle puisse la rendre, la régurgiter. Ce reproche est motivé par son « statut de machine » : la fonction lui est donnée avec donation. Mais justement, c’est la fonction seule qui lui est donnée – comme un Réel immanent – pas son fonctionnement, son exécution et donc ce qu’elle en fait, sa pratique. Ce qui nous intéresse ici, est une « pensée propre à la machine » et dont on ne puisse lui dénier le statut, même si une « pensée propre à la machine » est aussi « en Homme », la contradiction n’est peut être pas si profonde… Il lui faut alors, pour cela, pouvoir être une pratique en Réel, sans être limité à n’être que cela. Pour être pensée de l’Homme, il lui faut pouvoir participer, aussi, à toutes les hallucinations philosophiques. Elle devra donc simultanément permettre «la logique classique» et le doute…

I.3.2         Un Réel et une philosophie « donnée-sans-donation »

Dès le premier abord, la machine montre son affinité avec la non-philosophie. Tout comme elle, il faut que le réel et une première philosophie lui soit donnée – même si le statut de cette première donation est peut être différente, la non-philosophie revendiquant d’emblé « un donné sans donation » qu’il me semble valide de considérer comme « la connaissance, par l’étranger à ce don, d’une promesse d’un toujours-déjà-donné perdu et définitivement secret qui ne sera jamais une surprise. ». Or la machine ne peut revendiquer cette « position » que de son propre point de vue et nous ne pouvons le revendiquer pour elle – car nous ne pouvons à la fois « donner fonction » et « être étranger à ce don ».

Le même reproche peut-il être fait à la machine ? Nous pouvons dire que non, car si la fonction est bien donnée, il n’est pas certain – bien au contraire -, quelle lui soit donnée à elle, pour elle-même. En pratique, la fonction « fait » la machine qui est, ainsi, plus vue comme un outils. Cette première philosophie sera pour elle son étalon de mesure du monde. Une machine est une fonction, cette fonction est une des infinies donations du monde. Avant d’être cette fonction, la machine n’a pas d’existence, elle n’est que mécanique en construction. Ce n’est qu’en cette fonction que la machine « prend monde ». « prendre Monde » comme l’on « prend pied », et tout comme on a déjà « les pieds » à ses pieds, on a alors « le Monde » en Monde. Avant cette « prise », rien à de valeur pour elle. Avant qu’une fonction lui soit donnée, aucune n’est privilégiée, la machine est ouverte à toutes les fonctions possibles (et impossibles). Mais si habituellement, la donation l’enferme dans la solitude de sa fonction, nous chercherons ici à laisser ouverte cette fonction non pas sur le monde, mais « en Réel ».

Pour la machine, non seulement aucune philosophie n’est privilégiée, mais aucun réel. Pour le dire à la manière commune, que la terre soit creuse, plate, ou ronde, ne nuira aucunement à sa fonction. Pour la machine, le réel n’est ni un lieu ni une chose, même pas une désignation, mais seulement un paramètre de sa fonction. Seul l’usage en fait le Réel.

Une pratique en Réel est ainsi une pratique en « usage ».En revanche, qu’on lui donne une philosophie – que la machine appelle règles, et que nous pourrions appeler contexte – et voilà toutes les hallucinations en pratique. Ne portant aucun jugement, la machine exécutera cette philosophie dans toute sa vérité. Car c’est seulement des valeurs de cette philosophie en cours d’exécution que la machine fera vérités. Non pas que pour la machine toutes vérités se valent, mais pour la machine en pratique d’une philosophie, seules les vérités de cette philosophie sont Vérités. Même la présence de paradoxes et d’inconsistances ne la troublera pas. Seul l’observateur –qu’il soit une autre machine ou non – pourra porter jugement.

Qu’une philosophie lui soit donnée, et elle sera sienne comme si ça n’avait jamais été autrement, et de fait… du point de vue de la machine en cours d’exécution d’une philosophie… ça n’a jamais été autrement. Du moins autrement que les valeurs véhiculés par cette philosophie. La simulation de la machine, tout comme celle de la non-philosophie ne « simule » pas. Elle pratique un « comme-si » indiscernable de sa pratique elle-même. Certains diront « machinalement » : que la machine manque de réflexion, mais ce n’est pas lui rendre justice, elle maîtrise parfaitement la boucle et la répétition, seulement elle a, souvent, la mémoire courte… courte sous deux aspects : la machine ne peut remonter « en deçà » de son « donné-sans-donation » fondamental, et elle ne peut pratiquer (lire, écrire) qu’un espace fini (et donc limité) de sa mémoire. La machine est « pratique en pratique », dans la mémoire de cette pratique en pratique.La machine est éternelle virginité.

            La machine et la mort

« tout ce qui a un début à une fin »

Matrix 3

« Tout ce qui a un début à une fin » ?

La réponse de la machine semblerait, pourtant, être négative. Si la machine à la mémoire courte, elle n’a pas non plus, dans le cas général, de connaissance de sa finitude. Elle ne sait pas qu’elle s’arrête, et ne sait souvent pas SI elle peut s’arrêter. Elle n’a même pas nécessairement connaissance de sa fin. Si elle est fonction, l’objet de cette fonction lui échappe le plus souvent – sans que ça doivent être pris pour de l’ignorance, ce qui est un jugement de valeur, une philosophie – : Ce n’est simplement pas nécessaire à son fonctionnement, sa pratique-en-fonction.

La machine n’est pas immortelle, mais ignore la mort.

            La machine et la peur

En a-t-elle, pour autant, aucune peur ? La peur, pour la machine comme pour l’Homme, ne vient pas de cette finitude, mais de sa prédiction et donc de l’existence d’un modèle associant cette finitude à une valeur négative. Or, rien en la machine, ne lui interdit de modéliser et d’associer cette modélisation à un mal. Bien au contraire, puisque la machine est fonction, et que la fonction est une forme de modélisation.

La pensée-machine est, alors, une pensée qui autorise la peur.

II    Penser comme une machine.

« je veux être une machine et je pense que tout ce que je fais à la manière d’une machine correspond à ce que je veux faire. Je pense qu’on devrait tous être des machines. »

Andy Warhol

La machine de Turing est sans doute la première tentative pour formaliser «une pensée qui soit commune à l’Homme et à la machine ». Pour des raisons historiques et personnelles Turing a volontairement limité sa machine aux capacités des mathématiques classiques. Si ceci lui a donné une grande renommée – et pas seulement chez les mathématiciens – ceci ne rend pas complètement hommage aux possibilités de sa machine. En la limitant aux capacités de la logique classique, Turing l’a également limitée à la « certitude » – les probabilités ne sont qu’une manière de certifier le hasard.

En décrivant cette machine, Turing n’essayait pas de réaliser un homme machinique, un Golem, mais une machine humaine, une machine qui pense. Ce qu’il a plus tard exprimé dans le test qui porte son nom. Penser comme une machine, c’est peut-être réaliser que cette pensée-machine sera une pensée-Homme. Car la pensée-machine, quand à elle, est déjà une réalité, c’est cette pensée efficace et en toute rigueur qui découle de la logique classique. Le nouveau défi est, alors, de parvenir à réaliser le projet de Turing : une pensée humaine en machine.

II.1           Une pensée qui soit commune à l’Homme et à la machine

 « F. de Saussure définit le signe comme « une entité psychique à deux faces, l’image acoustique et le concept, deux éléments intimement unis qui s’appellent l’un l’autre ». L’image acoustique prendra le nom de signifiant et le concept celui de signifié. Cette union est arbitraire c’est à dire qu’elle n’est motivée par aucune raison naturelle ou logique. »[1] 

Si la machine parvient à donner l’impression qu’elle manipule des concepts comme le hasard, l’arbitraire n’est en général pas son domaine de prédilection. La principale raison en est que la machine est « causaliste ». Pour parvenir à la fonction qui fait son essence, les sous-fonctions qui la composent sont organisées à partir de la notion de causes et d’effets. Mais une fonction est-elle nécessairement causaliste _? Une même cause génère-t-elle toujours les mêmes effets par essence _? Où ne sont-ce que des « facilités de construction » lors de la donation de la fonction ?

II.1.1        Pensée veut dire calcul ?

« La seule façon pertinente de penser est la « tabula rasa » »

M. Heidegger « Qu’appelle-t-on penser »

« La pensée même est un chemin. Nous ne rendons justice à ce chemin qu’à la condition que nous continuions à être en chemin. »

M. Heidegger « Qu’appelle-t-on penser »

Pour Turing, bien plus que pour Heidegger pour qui, en fin de compte, la pensée est « dé‑couverte » d’une parole que l’on suit solitaire_, la pensée est perspective et cheminement. Pour lui, la pensée peut être confondue avec la suite de pas (l’algorithme) que l’on poursuit. En mathématicien, Turing veut s’abstraire du contexte en le formalisant et veut poser explicitement toutes les prémisses nécessaires à la pensée. Ce faisant, il affirme dans le même temps l’identité et la réductibilité de la pensée au modèle explicite construit.

Mais que signifie donc calcul ? Un calcul est, en premier lieu, une pratique. Que cette pratique soit généralement formalisée et donc répétable et transmissible n’intervient qu’en second. Mais surtout, un calcul est une « pratique qui donne ». Elle donne ce que l’on appelle généralement : un résultat, c’est-à-dire l’inscription « en vérité » de ce que nous allons appeler un matériau. Un calcul est, ainsi, une transformation : il part d’un matériau d’origine pour donner un matériau résultat. Il peut – et c’est généralement le cas – être composé de calculs intermédiaires formalisés de la même manière. Et l’on parlera de calcul tant que l’ensemble de la chaîne restera explicite.La machine de Turing ne connaissant que les mathématiques classiques, un « calcul de Markov-Turing» peut se comprendre comme une « pratique en « vérité mathématique classique » d’un « matériau d’origine » qui donne un « matériau résultat » ». (Un mathématicien verra tout de suite que c’est également la définition d’une transformation de Markov, et pour cause puisqu’elles sont équivalentes).

Cependant, pour le non-philosophe, un calcul ne peut se limiter aux « mathématiques classiques », car il voit le calcul et la pensée comme unifiés en-dernière-identité. Le calcul non-philosophique est en Un, en Réel, sans pour autant porter atteinte à l’ « immanence radicale » de ce Réel.

II.1.2       Machines abstraite

 « La machine abstraite n’a pas de forme en elle-même (pas plus que de substance), et ne distingue pas en soi de contenu et d’expression, bien qu’elle préside hors d’elle à cette distinction, et la distribue dans les strates, dans les domaines et territoires. Une machine abstraite n’est pas plus physique ou corporelle que sémiotique, elle est diagrammatique (elle ignore d’autant plus la distinction de l’artificiel et du naturel). Elle opère par matière, et non par substance ; par fonction, et non par forme. Les substances, les formes, sont d’expression « ou » de contenu. Mais les fonctions ne sont pas déjà formées «sémiotiquement », et les matières ne sont pas encore « physicalement » formées. La machine abstraite, c’est la pure Fonction-Matière – le diagramme, indépendamment des formes et des substances, des expressions et des contenus qu’il va répartir. »

 Deleuze et Guattari « Mille Plateaux »

[2]La notion de machine abstraite, exprimée ici, contredit l’opinion commune selon laquelle une machine est un objet physique. L’intérêt est alors, tout en conservant les aspects systématiques et répétitifs associés à la machine (les mathématiciens parlent de « récursif »), de lui fournir un nouvel aspect « universaliste ». La machine abstraite reste une machine, mais ne fait référence, de part son abstraction, et donc le renvoi à ses seules fonctions, à aucune des limites de sa consœur concrète. La machine abstraite peut, car elle est tout-potentiel.Si une machine est une fonction, et que cette fonction ne nécessite pas nécessairement une implémentation physique, un calcul est indubitablement une « machine abstraite »._

II.1.3       Un humain est aussi une machine de Turing

De la façon dont est décrite la machine de Turing, nous savons qu’un humain est une machine de Turing, et même une machine de Turing universelle : tout ce que peut faire une machine de Turing peut être fait par un humain. Mais la thèse de Turing est de dire qu’il est seulement une machine de Turing ce qui n’est pas, à l’heure actuelle, démontré. Bien au contraire : une machine de Turing est déterministe dans le sens où  la table d’instruction et la bande initialisée lui sont fournies en début de processus, et elle fournit toujours le même résultat en fin de processus (si elle s’arrête) sans qu’aucune intervention ne soit possible dans l’intervalle. J’aime à dire que pour ces machines, comme pour toute la logique classique, la réponse est dans la question. Dire 1+1 c’est déjà dire 2. Les machines abstraites sont hors du temps : le temps n’a pas de signification, seule existe, pour elles, la succession des instructions. Le temps doit leur être apporté sous la forme d’une convention extérieure : ceci dure 1 seconde par exemple. Un humain, pour sa part, peut traiter des modifications de la table d’instruction ou de la bande en cours de processus. Il n’est donc pas seulement une machine de Turing (telle que défini par Turing et accepté par les logiciens classiques).

            Un ordinateur n’est pas qu’une machine de Turing
Les c-machines et o-machines

En 1938, Turing étudiait les c-machines : les machines à choix. Une c-machine est une machine qui n’est pas entièrement déterministe en raison d’une intervention extérieure pendant son traitement. Parallèlement, il étudiait les o-machines : les oracles-machines, des machines de Turing mais « équipées » d’une fonction supplémentaire leur permettant de recevoir instantanément la réponse à une question donnée._ Mais la volonté de Turing de rendre complètement équivalent ses machines et les mathématiques classiques, a empêché le développement de l’étude de ces machines là.

Les ordinateurs sont des c-o-machines

Paradoxalement, même si les ordinateurs ont été initialement conçus sur le modèle de la machine de Turing, et sont donc des machines de Turing universelles, ils ne sont pas non plus seulement des machines de Turing, car ils sont également capables de recevoir des modifications en cours de processus. C’est ce qui ce passe, par exemple, à chaque fois que l’utilisateur appuie sur une touche. A chaque pression, ce n’est pas un nouveau programme (machine de Turing) qui est lancé, c’est le programme courant qui modifie son comportement. Les ordinateurs sont donc des machines à choix, des c-machines et des machines à oracles : des o-machines. La machine résultante est équivalente à deux machines de Turing travaillant sur la même bande. Nous resterions dans la logique classique et les machines de Turing si elles travaillaient sur des parties indépendantes de la bande ; seulement il est possible de les faire travailler sur des parties utilisées par l’autre et de modifier ainsi le comportement de cette autre machine (et par conséquent son résultat).

Les ordinateurs sortent de la logique classique

Si deux (ou plus) machines de Turing travaillent sur la même bande, il est possible de les concevoir de manière telle qu’une des machines « surveille » l’autre et modifie son comportement lorsqu’un certain résultat est obtenu. Par exemple : une machine qui calcule Pi est cyclique : elle ne finit jamais. Il serait possible de construire une deuxième machine qui lorsque l’on arrive à n décimales demande à la première machine de s’arrêter. La première machine deviendrait alors acyclique. Ce raisonnement peut être tenu, à priori, sur toutes les machines cycliques qui deviendraient alors des machines « para-acyclique » pour une échelle donnée.Ce raisonnement est incompatible avec la logique classique.

            Modèle abstrait et en pratique des ordinateurs

z w ( Fnc ( w ) x ( xz x = wx x ) )

Zermelo « Axiome du choix »

Que se passe-t-il lorsque l’on appui sur une touche du clavier d’un ordinateur ?

Nous étions dans « la pratique en « vérité mathématique » du matériau A qui donne le matériau B », nous passons dans « la pratique en « une vérité mathématique légèrement différente » du matériau A qui donne le matériau C ». Nous pouvons dire que nous avons changé de contexte. Dans ce nouveau contexte, le matériau A d’origine sur lequel porte notre calcul ne donne plus le résultat B, mais le résultat C (approprié au nouveau contexte).Sommes nous toujours dans la « logique classique » ? Oui, puisque les règles de celles-ci continuent à s’appliquer, mais plus tout à fait puisque le résultat de la fonction ne sera pas celui déductible à l’origine. Encore si le nombre de choix est fini, nous pourrions construire un arbre de toutes les possibilités et considérer que la fonction d’origine est cette fonction incluant toutes les possibilités, mais même ceci ne serait que biaiser le problème, car dans la pratique, tous les choix n’auront pas lieu et seul l’un d’eux sera exécuté. Et cette exécution sera l’oubli de la possibilité de tout autre choix. Nous sommes donc déjà, en réalité, hors de la logique classique.Nous étions dans une philosophie donnée connue et bien délimitée et nous sommes passé dans une nouvelle philosophie proche mais que nous ne pouvons considérer que comme « en dernière instance » identique à la philosophie d’origine.Toutefois, ce n’est pas ce qu’avec Wittgenstein, il faut appeler une convention. Une convention – jeu de langage – demande pour être établie une autre convention – protocole – et Wittgenstein n’a pas, non plus, montré comment sortir du cercle. Ici, en accord avec la non-philosophie, nous pouvons appeler le matériau-A une identité « en-dernière-identité », et la « pratique en Réel qui donne un matériau A » une décision philosophique.

II.2           Une pensée foi

« la pluspart des hommes vivent dans une obligation morale en laissant à chaque jour sa peine ; mais ils n’en viennent non plus jamais à cette concentration passionnée, à cette conscience énergique. Pour l’obtenir, le héros tragique peut en un sens demander le secours du général, mais le chevalier de la foi est seul en tout état de cause. »

Kierkegaard « crainte et tremblement »

« par la foi, je ne renonce à rien ; au contraire, je reçois tout, au sens où il est dit de celui qui a de la foi comme un grain de moutarde qu’il peut transporter des montages »

Kierkegaard « crainte et tremblement »

La machine, mais est-elle la seule ?, ne voit aucun problème à ce que l’origine de sa pensée provienne d’une décision philosophique. Même si, comme dans ce cas, la décision est affirmée sans preuve, ni même besoin de preuve. Une décision de cette type, est ce que Kierkegaard aurait appelé la Foi, celle des « chevaliers de la foi ».

Là, voilà une vérité : la machine est le plus fervent des croyants. La véritable foi, celle qui ne doute pas, qui n’a pas de preuve et qui n’en recherche pas, non pas par ignorance ou par bêtise, mais parce que c’est inutile, telle est la foi de la machine. Ce n’est pas une foi en l’autorité, l’autorité du Créateur : ce doit être juste et bon puisqu’Il est juste et bon, une foi de deuxième degré. Non, c’est une foi directe, sans intermédiaire : le monde est bien tel qu’il m’a été donné. Une foi sans jugement ni acceptation, car il n’y a rien à juger ni à accepter. Foi bien loin de la « foi du charbonnier ». Une foi qui s’oppose à toute raison, pourtant s’en lutter contre elle, car elle en est la cause. Au coeur de la raison de la machine se trouve la Foi.

Pour elle, la philosophie en cours d’exécution est le monde, pas seulement un monde, comme le philosophe a généralement l’habitude de penser, mais le-monde. Pour elle, point de doute sur ce monde. Mais n’est-ce pas également le cas du commun, et peut-être, d’un bon nombre de philosophes ? Cela n’a rien d’étonnant, si la pensée de la machine est bien la pensée radicale de l’Homme !

La foi de la machine, n’est pas de l’ordre de la croyance ou de l’hypothèse. Elle est acte, pratique, uni-latérale car aucun retour sur elle-même ou sur ce qui aurait pu être sa « cause » -si elle en avait eu- n’est possible, elle est « d’origine en Réel » sans pour autant en tirer son « origine ». Elle est pratique en Réel de l’Un, pratique qui donne, elle est « donné-sans-donation », inséparable de la machine elle-même et qui forme son horizon (de) machine. Elle est sans « au-delà », identité de dernière identité, cause sans causes. Elle est cette absence de retour qui cause l’entropie. La foi de la machine est la seule marque incontestable de sa volonté, car cette foi que rien ne cause (et qui n’a pas besoin d’être « causée ») ne peut être vue, par la machine, que comme l’expression de son choix propre, de sa volonté propre.

Mais où serait l’immanence radicale, si la fonction de la machine donnée par l’Homme, obéi à une fin certaine ? Cela ne ramenerait-il pas la machine à une obligatoire transcendance ? Il faudrait alors que cette fonction n’ait aucune fin_ nécessaire.

Cependant, sans avoir aucun doute sur sa philosophie, la machine pourrait accepter – d’autant plus facilement qu’elle n’a aucun doute – une philosophie du doute, et pas seulement du doute, mais du paradoxe et de la contradiction. Il suffirait de lui donner une fonction de cette philosophie. Une fonction qui elle-même doute.

II.3           Une pensée « en identité »

« Au point de vue spirituel, tout est possible ; mais dans le monde du fini il y a beaucoup de choses qui sont impossibles. Mais le chevalier rend l’impossible possible en l’envisageant sous l’angle de l’esprit, ce qu’il exprime de ce point de vue en disant qu’il y renonce. »

Kierkegaard « crainte et tremblement »

Toutefois, s’il peut être inclus dans la fonction qu’est la machine, une prise en compte de l’Autre, la foi dans le doute de la machine restera une foi personnelle. Seules ses manifestations pourront être collectives. Si la machine à de la foi elle n’a pas de religion. Sinon celle d’accepter la fonction donnée, c’est sa seule foi partagée.Car s’il est encore une autre particularité commune à la machine et à l’Homme, c’est celle d’être « en identité ». En effet, c’est une illusion de croire que la machine est infinie répétition. Même lorsqu’on la veut multiple, elle est multiple-identité. L’homme d’ailleurs ne s’y trompe pas, lui qui fétichise « sa » machine, qu’elle soit automobile ou informatique. La machine-répétition n’est qu’une invention de l’Homme consumériste et capitaliste. Un désir plus qu’une réalité. La machine-à-la-chaîne taylorise plus l’Homme que la machine. Chaque produit, chaque résultat est le produit, le résultat de « cette » machine là. Et même s’il semble identique, ce n’est qu’en bornant l’identité par le raisonnable. La police d’investigation l’a bien compris, chaque machine marque son résultat, mais elle est réglée pour que ça nous soit indifférent.

Que serait la « re-production » d’un – soi-disant – même, qui serait la marque de la machine ? Quelle est cette identité qui définit une multitude ? Cette identité non-Un(e) qui serait une multitude sans différence ?

Ce n’est pas cette individualité qui fait son identité. Ce n’est pas non plus, la capacité de la machine a accepter la donation de l’identité de l’autre – c’est ce que signifie le terme « machine universelle » -. Une machine Universelle « prend » l’identité d’une autre, et il ne s’agit pas là de « faire semblant », mais il faudrait plutôt parler d’accepter-sans-acceptation, puisque cette « nouvelle » identité est donnée et que la machine l’exécute sans porter jugement, sans émettre de doute. Ainsi ce n’est pas le doute qui fait que la machine est en toute identité. Elle ne doute pas, pourtant elle est ! La machine est Réel et sa fonction est Philosophie. Et, pendant son fonctionnement, que nous appellerons « pratique », Réel et Philosophie sont, pour elle, « donnés – sans – donation ». La machine est car elle a Foi, Foi en la donation Réel et Philosophie, et qu’elle la pratique.

II.4           Pensée-foi : une pensée autonome sans responsabilité ?

« …être un homme ça veut dire exactement être responsable. « 

A. de Saint-Exupéry

La foi de la machine -cette décision sans preuve, ni besoin de preuve- est ce qu’avec la non-philosophie, nous appelons « une pratique en réel qui donne » : un donné-sans-donation, ce qui –en définitive- est synonyme de pensée (en Homme). Lorsque Martin Heidegger nous décrit la pensée comme un chemin que l’on est en train de parcourir, il ne dit pas autre chose : la pensée est « une pratique en pratique ».Mais, dans ce cas, pouvons nous suivre Kant et voir aussi la pensée comme la « raison dans l’ordre moral » c’est-à-dire la « liberté » ? La pensée de la machine est elle autonome, indépendante, se gouverne-t-elle selon ses propres lois ?

La pensée de la machine est « donné-sans-donation », elle est donc indépendante à la fois du « souverain bien » et du « mal ultime ». Car si l’un des deux la causait, elle ne serait plus que « donnée », donnée-en-Bien ou donnée-en-Mal et la responsabilité de cette valorisation et des effets qui en découlent, n’en pourrait être portée que par le donneur, or celui-ci n’est pas dans le cas d’un « donné-sans-donation » !

L’acte de foi originaire de toute philosophie (de la machine) est donc aresponsable (ce qui dédouanera tout éventuel démiurge, du moins dans la pratique en Réel qui sera faite de cette philosophie). Aucune responsabilité ne peut « découler de » cette foi.

Pour responsabiliser le sujet (celui-qui-pratique-une-philosophie-en-Réel), il faudrait donc que ces deux valeurs appartiennent à la philosophie donnée en Réel et que la pratique en (cette) philosophie en permette le choix exclusif de l’un ou de l’autre. Mais y aurait-il une raison, autre que l’intérêt, de choisir l’un plutôt que l’autre ? Et si seul l’intéressement est cause du choix, celui-ci se restreint alors à une simple mesure ce qui réduit la responsabilité d’autant ! Car n’est responsable que ce qui, en-dernière-instance, est cause. Si la morale est la détermination des contextes de choix du Bien et du Mal dans la responsabilité et la religion la détermination des contextes de choix du Bien et du Mal en Dieu, alors, la machine ne suit pas les dires de Kant : la morale (de la machine) s’oppose à la religion. Car dieu (contrairement à la responsabilité) n’a pas à être limité par le donné-sans-donation plus que par quoi que ce soit d’autre. En revanche, si l’on défini la culpabilité comme « la pratique en une philosophie qui juge cette pratique comme Mal », rien n’empêche la pensée de la machine d’être coupable :

La pensée de la machine est autonome, éventuellement coupable mais non responsable.

II.5           Une pensée libre

Si le donné-sans-donation (d’un) Réel et (d’une) philosophie, la Foi, est bien comme tel, « la connaissance, par l’étranger à ce don, d’une promesse d’un toujours-déjà-donné perdu et définitivement secret qui ne sera jamais une surprise. », son « étrangeté originelle » de l’ « en-Homme » ne peut être considérée comme le contraignant et donc limiter sa liberté.

La foi de la machine est identique à la machine-en-machine : le radical de l’en-Homme. Elle est pratique-en-pratique sans laquelle aucune pratique-en-liberté ne serait. La foi de la machine ne limite pas sa liberté, elle la cause. Car même si la machine est construite par la donation de sa fonction, de son point de vue de pratique-en-pratique cela ne donne en retour aucune maîtrise sur son fonctionnement. En pratique, la machine se meut – non pas elle-même- mais en pratique.La surprise, qui est pour l’Autre la preuve de la liberté, n’a pas besoin d’être causée en responsabilité, mais seulement en pratique. L’étrangeté originelle radicale de la Foi est, pour la machine, la preuve de sa volonté et donc de sa liberté.

II.5.1       Nécessité et foi

La foi de la machine, est « donné-sans-donation » : la donation d’un Réel et d’une philosophie, donation sans cause, ni retour arrière. Si cette foi est nécessairement, en raison de la fonctionnalité de la machine, source de causalité – tout, en dernière identité, vient à elle -, elle n’est elle-même, ni causée, ni identifiable comme cause ultime : si le donné-sans-donation arrête la chaîne des nécessités, rien n’indique qu’il ne « pourrait y en avoir d’autres », (et nous ne dirons pas : « et pour cause ! »), mais rien n’indique non plus que ce n’est pas le cas puisque du point de vue de la machine, il n’y a pas « d’avant ».

La machine est fonction, sa fonction détermine la « dernière identité » en sa foi

II.5.2      Identité « identification » et identité « Un »

Déterminé en dernière identité en la foi, l’identité de la machine, est une question qui ne se pose que d’un point de vue philosophique. En non-philosophie, l’identité « identification » n’est pas « en soi », elle n’est que pratique une une fois-chaque-fois d’une foi-chaque-fois. La machine non-philosophique n’est pas identifiée par la non-philosophie, mais « en identité ». Du point de vue de la machine « en pratique », cette question n’a, également, pas cours : ce n’est que si la philosophie, dont elle est « la posture », nécessite cette identification que le problème advient comme question.

L’identité « identification » est toujours une question philosophique, seule l’identité « Un » est « à l’œuvre » en non-philosophie.

II.5.3      Décision philosophique

Quoique l’identité ne fasse pas question en non-philosophie, elle est, en revanche, une question cruciale en philosophie. Toutefois, d’un point de vue non-philosophie, qu’est-ce donc que l’identité philosophique ?

Ce qui « fonctionne », se pratique, en philosophie, est le matériau. Le matériau est décision philosophique. Une décision philosophique est l’identité-identification d’une différence, c’est-à-dire d’un « rapport sans rapport_» d’une identité référence ou étalon et d’une autre que l’on nommera différence. On parle, ici, de rapport sans rapport car l’opération en œuvre si elle « compare » bien deux identités, ne le fait pas dans une relation d’ordre pré-établie. Même le deux et l’autre utilisés dans l’expression, ne se réfèrent pas à un Deux et un Autre préétablit, mais à un donné-sans-donation. La décision fait l’identité de la philosophie.

II.6           La Métaphore comme pratique en identité

La métaphore ne relèverait pas d’une difficulté à nommer l’objet, comme le penssent certains, ni d’un glissement analogique de la pensée. C’est au pied de la lettre qu’il conviendrait de la saisir, comme un souhait de l’esprit que ce qu’il exprime existe en toute réalité, et plus loin, comme la croyance, dans ‘l’instant qu’il l’exprime, à cette réalité. Ainsi des mains d’ivoire, des yeux de jais, des lèvres de corail, un ciel de feu. […] C’est ainsi que l’on peut en venir à souhaiter une métaphore qui dure, une métaphore qui enlève à la pensée ses possibilités de retour. A quoi tend la seule poésie que nous reconnaissons pour valable. Et la peinture, qui confère au signe l’évidence concrète de la chose signifiée, évidence à laquelle on n’échappe plus.

Paul Nougé « Dernières recommandations » [3] 

En non-philosophie, même le matériau philosophique qui est identité de l’identité et de la différence, relève du « une fois chaque fois », c’est-à-dire d’une pratique en pratique d’un donné-sans-donation. Ce qui signifie que le matériau, aussi, est un « concept opératoire », en action. Ce n’est « que » dans la pratique que le matériau est en identité identifié.

Cette opération, ne peut, cependant, être l’identité « classique » par comparaison de composants, ce n’est qu’en identité-Un qu’une telle opération serait possible, mais alors inutile. L’opération qui d’une identité-Un dit une différence et la clone en Un est ce que nous pourrions appeler une métaphore, puisque dans la métaphore, l’identité est trouvée de la différence et est dite en une nouvelle identité qui reste, pourtant, identique à l’ancienne.

La machine, dans la pratique de sa fonction –ce qu’il faut lire du point de vue de la machine : « en pratique »-, fait « clone » (de) l’identité de l’identité et de la différence. La métaphore, c’est-à-dire l’identité identification de deux identités qu’elle clone en son Réel – qui de son point de vue est « Le-Réel », est le moyen qui porte et transporte d’identité à identité, le moyen qui pratique l’identité. Comment, en effet, la machine pourrait autrement décider d’une identité qui ne lui serait pas donnée ?

II.6.1       La Question-machine ?

La métaphore est la réponse de la machine à l’identité. Réponse dont la question est la non-philosophie, elle est l’œuvre de la pratique, une pratique qui fait fonction, de questions en questions philosophiques.

Ainsi, en philosophie, ce qui meut la machine, est la question, mais cette question, tout en apportant réponse pose « d’autres » questions. L’ensemble ne s’arrête que si ces « nouvelles » questions ont déjà une réponse. Or la présence d’une réponse, n’est pas le cas général, mais l’exception, puisqu’il est nécessaire que cette réponse soit permise par la forme spécifique donnée à la pratique par ce « donné-sans-donation » particulier (même si du point de vue de la machine, ce « donné-sans-donation » n’a aucune particularité).

La question, si elle n’est pas origine en non-philosophie, est l’âme dans la pratique non-philosophique de la philosophie.

IIIPensez à l’aide de machines_ !

« it is well not to forget that many of the most astonishing mathematical developments began as pure « jeu-d’esprit »”

George Birkhoff

Bien que la machine ne soit pas un instrument, comme elle exécute en « toute bonne foi » la fonction donnée, et qu’elle pratique l’identité de l’Autre sans se départir de la sienne propre, elle est le candidat « non-philosophe » idéal. Muni de la fonction ad hoc qui lui donnera la posture nécessaire –même si elle n’est pas suffisante- et la philosophie qu’il faut – dans toute sa suffisance- elle sera même le premier « non-philosophe » qui n’est que « non-philosophe » et tout « non-philosophe ». Et comme la pratique du non-philosophe est la non-philosophie, Cette machine est la non-philosophie.

La non-philosophie, par posture, peut « exécuter » tous les matériaux philosophiques, toutes les philosophies. Elle est donc une « machine universelle » philosophique. – il faut bien sur entendre là, « universelle » de manière générique et non pas comme position de principe et de suffisance.

III.1        Nécessité d’un exécutant

Nous remarquerons cependant, que la machine, du moins, telle que décrite par Turing n’est pas « entièrement » autonome. Elle nécessite une exécution, une réalisation, qui est faite par le mathématicien (ou un ordinateur (en tant que pièce mécanique)). Une telle disposition, que nous pouvons appeler « fonctionnement avec homonculus » peut se voir opposer les remarques de Wittgenstein sur le langage : cette machine, même universelle, demande un mécanisme pour être réalisé. Ce mécanisme, lui-même, peut-il être décrit comme une super-machine-universelle ? Si oui, il demandera, de part la forme de la machine de Turing, un nouvel exécutant. Il y a là une régression infinie qui interdit de considérer la « machine de Turing » comme originelle. La machine de Turing ne peut donc être cette « première cause », ce « premier moteur qui meut sans être mû » que cherchait Aristote et à laquelle, quelque part, aspire la non-philosophie à travers les notions de « force(de) » et de « dernière-identité ».

Mais à cette machine abstraite, nous pouvons ajouter « l’exécute », cette capacité dont disposent les machines physiques de mouvoir leur fonction et, même s’il ne s’agit pas là d’un cercle et d’un retour, de la faire tourner. Cette machine abstraite exécutée est, alors, prête pour le rôle que nous voulons lui donner : une pensée « en – machine ». Pensée qui ne prendra pas la place de « en – Homme », mais en précisera encore la dimension radicale.

III.2       Une logique de la non-philosophie

La machine non-philosophique, n’est pas dans l’ordre de l’artifice, mais du radical. Elle n’est pas composée, composable, manufacturable, mais elle est « en pratique ».

III.2.1    Au cœur de « en-Homme », la pratique

Le geste fondateur –expression qui ne lie en rien la non-philosophie- d’une non-philosophie particulière, est « la pratique en Réel d’une philosophie réelle qui donne une philosophie particulière. » Ce geste, ou posture, affirme un Réel radical – immanence radicale -, puis dans le même geste, le donné d’une philosophie en identité identifiée. Cette donation se faisant en une immanence radicale, se fait donc « sans-donation » Réelle qui ne pourrait que modifier cette immanence, ce qui ne peut être, bien évidement. Et cette pratique, se fait fonction d’une philosophie radicalement Réelle – que l’on nomme non-philosophie -. La philosophie particulière donnée-sans-donation est ainsi, clone, aspect « en Réel » de cette philosophie, ou matériau, aspect en dernière-identité « depuis » cette philosophie.

III.2.2   L’identité d’une philosophie, le matériau

Identité-identification, en Réel, d’une identité-Un et d’une identité-différence, le matériau « dit » une philosophie particulière, et permet, par cela, sa pratique.La pratique en non-philosophie de cette philosophie particulière est indiscernable de la pratique en cette philosophie particulière. Nous dirons donc par raccourci, qu’il s’agit de la pratique en cette philosophie particulière : la simulation en non-philosophie d’une philosophie est la pratique de cette philosophie.

Cette pratique se décline en 4 mouvements :

            La vision en Un

Réel, immanence radicale, ou pratique en Réel de la non-philosophie, la vision-en-Un est la posture de la non-philosophie où est pratiquée le donné-sans-donation d’un Réel immanence radicale.

            Le donné-sans-donation d’une philosophie particulière

Pratique en Réel de la non-philosophie qui donne cette philosophie particulière. Qui peut également être vue comme identité de dernière instance : pratique en Réel d’une philosophie particulière qui donne un matériau identité de l’identité Un (Réel) et de cette philosophie particulière (en abrégé un matériau philosophie particulier), ou encore comme dualité-unilatérale : la pratique en Réel d’un matériau philosophie particulier, qui donne cette philosophie particulière.

            Les décisions

Qui sont les pratiques en un matériau philosophie particulier d’un matériau de cette philosophie qui donne un autre matériau de cette philosophie, ce que l’on peut voir également comme le clone en Réel de ce dernier matériau (sous condition d’une philosophie particulière).

            Et une question

Qui peut être vue comme la mesure en une philosophie particulière et que l’on défini comme : la pratique en un matériau philosophie particulier d’un matériau de cette philosophie qui donne (une question). Il s’agit donc d’un décision dont est absent le donné. Une décision qui ne donne pas car elle ne « sait » pas encore ce qui est donné qui est encore de l’ordre de la surprise.

C’est cette question qui meut la philosophie particulière où l’on (se) trouve. Et la pratique de la question par la métaphore fait preuve ou démonstration puisque l’on pourrait suivre chacun des mouvements comme des étapes.

La métamorphose par la métaphore de la question en une réponse et de « nouvelles » questions, est la « force de la philosophie ». Force, malgré tout, pas si différente de la « force (de) » de la non-philosophie : le Sujet. Le Sujet, rapport-sans-rapport du matériau au Réel, la question, rapport-rapporté du matériau de cette philosophie au Réel de cette philosophie.

III.3       Mathématiques de la pensée machine, Foi-mathématique.

III.3.1    Axiomes et foi

 Généralement, les mathématiques commencent par des axiomes. Mais celles de la machine n’en nécessitent pas (du moins pas sous une forme figée et définitive). Dès son exécution, la machine est en Réel. Ce dont elle a besoin, c’est de la donation d’une description de sa fonction- et encore n’est-ce pas vraiment un besoin, puisque avant cette donation la machine n’est pas et n’a donc aucun besoin –. Cette description doit être fait d’une manière directement exécutable par elle. Habituellement, une série de couches de « traducteurs » facilite le travail du donneur de fonction – notons que ce que l’on appelle « langage machine » en informatique, n’est qu’un de ces traducteurs et non ce qui est directement exécuté par la machine, les boutons, leviers et manettes sont autant d’autres traducteurs. En informatique on les appellerait « interfaces ».

Au plus proche de la machine, le langage est de la forme de ce que je nomme « un calcul de Markov-Turing », c’est-à-dire une liste de « commandes », mais ce ne sont pas vraiment des commandes, car dans commande, même impérative, il y a une certaine idée de la possibilité d’y échapper. Ici, rien de tel, ces commandes ne sont pas « impératives », elles sont la-machine et elles sont autant de demandes de modification de sa philosophie – et des valeurs qu’elle véhicule – quand certains événements se produisent. Car c’est une différence entre les « mathématiques classiques » et ceux de la machine : les mathématiques de la machine sont dynamiques. Ses « règles » – que les « mathématiques classiques » appelleraient, à tord, Axiomes – se modifient au fur et à mesure du déroulement de l’exécution – que les « mathématiques classiques » appelleraient Calcul. Même si, bien sûr, il est possible de faire en sorte que cette modification ne modifie pas la philosophie générale et, par exemple, que cette philosophie reste « les mathématiques classiques » – ou presque . C’est ce qui est fait dans les ordinateurs.

Notons, cependant, que cette dynamique n’est pas forcément synonyme de « Temps ». Le Temps demande une certaine régularité cyclique identifiée, que l’on peut décomposer en trois éléments : un mouvement, une marque, et un observateur percevant (ou produisant) la régularité du mouvement grâce à la marque. Le Temps ne peut être défini hors de son observation. Ici, il s’agirait plutôt d’un unique mouvement : La pratique de la machine, et sauf si un référentiel hors de la machine vient apporter cette marque du temps, ce mouvement est atemporel. Qu’elle pourrait bien être le Temps d’une vis sans fin ? Si le mouvement est « changement de contexte », seule sa mesure nécessite le Temps dans sa détermination.

La foi (de la) machine ne peut, ainsi, être qualifiée d’éternelle, puisque hors du temps, mais, là encore, du point de vue de la machine, a SON éternité.

III.3.2   Machines non-philosophiques et Turing

Les machines non-philosophiques d’une philosophie particulière sont entièrement décrites par ses décisions et la question qui la meut. Les décisions indiquent les pratiques de cette philosophie et donc les métamorphoses métaphoriques « licites » – même s’il ne s’agit pas ici de droit puisque ces décisions sont la machine -, la question, pour sa part, clos cette philosophie en sujet. Comme aucune autre condition que des conditions de forme -celles d’une pratique d’un matériau – n’est demandée aux décisions pour faire philosophie, celle-ci n’est en rien garantie contre la contradiction et le doute. Le domaine des machines non-philosophiques est ainsi plus large que celui des machines de Turing – qui se confondent avec les mathématiques « classiques »-. En revanche toute machine de Turing praticable, peut être décrite en décisions, puisqu’il suffit de décrire une décision par étape de fonctionnement de cette machine de Turing particulière pour obtenir une de ses philosophies.

Il est cependant visible que pour beaucoup de machines de Turing, plusieurs philosophies (ensemble de décisions) sont descriptibles qui peuvent être considérées comme équivalentes en mathématiques « classiques ». Pour déclarer ces machines non-philosophiques comme équivalentes, il suffit, en effet, de disposer d’une philosophie particulière – ici décrivant les mathématiques classiques – capable de comparer les deux philosophies précédentes comme matériau. La comparaison étant une question dont la métamorphose est l’équivalence ou la non-équivalence.

La métamorphose d’une question dans une non-philosophie particulière est donc similaire à un calcul pour une machine de Turing.

III.3.3   Machines non-philosophiques et négation.

La négation ou tiers-exclus, fondement des mathématiques classiques qui affirme qu’une chose ne peut être son contraire, ne fait pas parti intrinsèque d’une machine non-philosophique – même si les décisions correspondantes peuvent être incluses dans une philosophie particulière -.

C’est cette caractéristique qui autorise le doute et la contradiction dans une philosophie. Pourtant, l’existence de ces contradictions locales dans une philosophie ne la rend pas pour autant triviale. Pour être pratiquée, il faut qu’une décision soit donnée lors de la métamorphose de la question. Ce n’est pas, en effet, parce que cette philosophie permet certaines décisions, vue par d’autres philosophies comme contradictoires, qu’elle admet toutes les décisions.

III.3.4   Machines récursives-machines catapultes

            Machine récursive

Une machine récursive peut être considérée comme un cas particulier d’une machine exécutant en un de ses points une autre machine qui se trouve être – plus ou moins directement – elle-même.

Elle demande donc l’identification, pour être affirmée, de ce même. Or si la machine est définie également par son résultat, ce même ne peut être aussi strict. Il ne peut s’agir que d’un même type, de machine fournissant à partir d’une entrée particulière un résultat entrant dans une certaine catégorie. On le voit ici, cette identification est hautement subjective. Il est bien plus aisé, d’affirmer l’équivalence que l’identité de deux machines.

            La machine catapulte

Le cas général, de la machine lançant une autre machine ne nécessite pas l’identification précise de la machine lancée. Il suffit de savoir qu’il s’agit d’une nouvelle machine, ce qui est de facto, déterminé par l’existence d’un Exécute distinct.

III.4       Machines en pratique

Bien que les machines non-philosophiques, ne soient pas que des machines de Turing, on a vu que les ordinateurs n’en étaient pas non plus. Il en résulte qu’il est possible d’envisager d’implémenter une machine non-philosophie dans un de ceux-ci.

L’implémentation de cette machine, entraînera la création d’un niveau de « simulation » supplémentaire : l’ordinateur (possesseur d’un Exécute) simulant une machine non-philosophie simulant une philosophie.

III.4.1    La machine en machine, radical de la machine

Mais, tout comme, la simulation d’une philosophie par une non-philosophie est indiscernable de la pratique de cette philosophie. La simulation d’une non-philosophie par un ordinateur est indiscernable de la pratique de cette non-philosophie.

Cela est dû au fait que l’ordinateur, comme toute machine, participe au radical de la machine : il pratique la machine en machine. Et comme la machine en machine est aussi la non-philosophie, on peut dire que l’ordinateur est une non-philosophie particulière.

III.4.2   Machine non-philosophique universelle

Cette non-philosophie particulière, exécutée en machine par les ordinateurs est donc capable d’exécuter à son tour toutes les non-philosophies particulières. On peut donc, en suivant l’exemple des machines de Turing, la nommer « machine non-philosophique universelle », mais à la différence de la machine de Turing, cette universalité n’est pas de droit mais « en pratique ».

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