La non-philosophie est-elle une discipline ?

DisciplineDiscipline : matière pouvant faire l’objet d’un enseignement spécifique, règle imposée, instruction ou direction morale.

une science de la philosophie, donc déjà comme une discipline autonome.

Autonome, la non-philosophie le revendique, mais une autonomie en Réel à la philosophie en tant que pratique. Une autonomie qui n’est pas une indépendance puisque la philosophie est constitutive de la non-philosophie.

La non-philosophie est-elle pour autant une « discipline autonome » ?

Il me semble que non, car la non-philosophie ne peut être enseignée comme l’on enseigne classiquement les autres matières en montrant, désignant ses objets. La non-philosophie est une posture, elle ne peut être comprise que d’une manière que nous pourrions qualifier d’illumination : comme se découvrent certaines images gravées dans une autre et qui ne se distinguent que depuis une certaine disposition d’esprit.

Ne pouvant se montrer elle-même (le Réel étant un inmontrable, indésignable), elle est obligée de passer par la philosophie et de constituer la description d’une pratique en cette philosophie pour permettre au futur non-philosophe de trouver le chemin de la posture non-philosophique. En cela, la non-philosophie perd toute autonomie devant la philosophie en tant que « matière enseignable » (car en Réel, elle ne n’est assurément pas enseignable). 

Est-il certain que le statut de science donne celui de discipline ?

Nous avons vu que dans son enseignement ce n’était pas le cas. Alors qu’en est-il de sa pratique ?

La non-philosophie est-elle une règle imposée, une direction morale ?

Il ne me semble pas non plus. La non-philosophie n’impose même pas la posture qui lui est nécessaire : dans le cas de l’absence de cette posture, nous ne somme pas en non-philosophie sans que la non-philosophie ne dénie à cet autre chose l’existence.

Lorsque nous sommes dans la bonne posture (celle de la pratique en une immanence radicale), la notion d’ « imposer » perd tout sens : soit nous sommes dans la pratique en rigueur qui nécessite seulement d’identifier la chaîne des pratiques, soit nous sommes dans la poésie et ce que j’appelle l’acte de foi « directement en Réel ». Mais seule la pratique est « nécessaire », les conditions particulières de cette pratique ne formant qu’une philosophie particulière (ce qui permet de décliner la non-philosophie générale en non-philosophies particulières (non-éthique, non-religion etc.)

Le statut de science revendiqué par la non-philosophie n’est qu’une préférence pour la pratique en rigueur sur la pratique poétique, mais dans tous les cas, le donné-sans-donation lui-même est « acte de foi » et donc du coté de la poésie. 

elle se voit aussi comme discipline, qu’elle se constitue en collectif (disciplinaire), puis en organisation (disciplinée). 

Si, en effet, la constitution en collectif peut être vécue comme un camp retranché et disciplinaire et celle d’organisation est par définition disciplinée, cela fait-il de la non-philosophie une discipline ?

Ce qui est de l’ordre de la discipline, ce sont ces modes de pratique en groupe, mais ils ne sont pas (et à mon avis au contraire) imposés par la non-philosophie. La non-philosophie est une pratique solitaire qui ne connaît l’Autre que comme une sorte de fusion « l’Autre-Etranger » qui n’est qu’une autre forme de l’identité.

La forme organisée, plus ou moins autocratique, me semble plus une sorte de réflexe de défense d’une pratique décriée sinon déniée parce qu’incomprise.

La forme de résistance qu’elle implique semble évidente à celui qui pratique le clone, mais c’est en fait une évidence pour le philosophe qui voit le clone comme matériau qui résiste à l’identité, alors que le non-philosophe sait le clone en identité et ne faisant résistance que du point de vue de la pratique philosophique.

Par ailleurs, comme pratique non enseignable, la non-philosophie se voit poser le problème du « contrôle de sa pratique », c’est-à-dire de la vérification que les affirmations dites « en son nom » le sont bien depuis la posture adéquate. Or mal comprise, elle peut « à priori » en douter.

Il est donc tentant pour les non-philosophes avérés de s’adouber en juge. Non pas un juge du fond, (il est encore possible de parler non-philosophie sur tous les matériaux que l’on désire), mais en juge de la forme : le respect du code de procédure. 

Le « mauvais côté » de la « force » de pensée[LJM1]  – si l’on ose dire ! -, ce n’est pas la pensée-Monde philosophique, c’est la croyance.  

Il faut bien ici parler de « coté obscur de la force (de) pensée » qui est l’acte de foi, et non de « mauvais coté » qui est jugement de valeur sur cet acte de foi.

Acte de foi du donné-sans-donation (de) la-philosophie (des pratiques et matériaux qui sont son identité). Sans cause – et sans possibilité de cause – il ne peut que rester difficile à identifier : obscur. Croyance qui ne demande pas de preuve, comme une évidence. Un obscur dont la clarté hallucinée fait pourtant cause pour le Monde. Si l’on défini le religieux par ce qui est « causé en la foi », la pensée-Monde est assurément religieuse. Mais comme pensée causale en rigueur, elle est également philosophique. Ce qui indique seulement que la philosophie est quelque part une forme religieuse de connaissance.

En revanche, il ne me semble pas possible de ne pas « parler » – dans le sens de pratiquer – la pensée-Monde. Une pratique (seulement) du Réel en Réel qui donne le Réel est une immanence absolue et non une immanence radicale et absolument rien d’autre que cette définition ne peut en être donné. Une pratique en immanence Radicale est une pratique d’un donné-sans-donation Mondain. 

De coup, il redevient même possible de « non-philosopher » en ayant perdu toute foi non-philosophique !  

« non-philosopher » en ayant perdu toute foi non-philosophique, c’est non-philosopher sans engagement, l’engagement comme donné-sans-donation d’une philosophie-valeur et engagement comme posture qui permet la « mise en pratique ».

Si non-philosopher sans donné-sans-donation d’une philosophie-valeur est possible, car il est seulement demandé par la pratique une philosophie (pratiques et décisions) et non une valeur à cette philosophie (pratiques et décisions sur la première pratique), il est assurément impossible de non-philosopher sans la posture non-philosophique ! Car ceci reviendrait à (re)donner au Réel un statut hallucinatoire de causé : non-philosopher sans la posture non-philosophique c’est philosopher.       

On peut adhérer à la « dualysation » non-philosophique de la philosophie, on peut dénoncer le principe de philosophie suffisante, sans adhérer pour autant au fantasme d’une philosophabilité totalitaire.  

La philosophabilité du matériau, c’est reconnaître ce matériau comme décision. C’est dire que le matériau à la forme de la décision.  Parler de fantasme de philosophabilité, c’est dire que le matériau n’a pas la forme de la décision. Mais alors quelle est la forme du matériau ? Ou plus largement comment peut-on dire en identité « ceci est un matériau » ? Dans le même temps, la rigueur imposée par la non-philosophie à sa pratique pose la question suivante : comment connaît-on la forme du matériau ? Cette forme est-elle imposée par le Réel ? Est-elle donnée en primauté de la philosophie dans un geste qui nécessairement précède sa donation ?

Parler de non-philosophabilité, c’est remplacer une philosophie-Monde par un Monde sans philosophie et donc affirmer qu’il n’y a pas « que » le Réel – immanence radicale – qui échappe à la philosophie, mais tout un Monde !

Et en fait, si l’on considère le Monde de la philosophie comme le Monde en Vérité, il est bien un Monde hors du Monde : le Monde sans Vérité ! Si l’on renonce au Monde, on renonce au Monde en Vérité et d’un point de vue strictement non-philosophique on s’ouvre à un (nouveau) Monde !

En revanche, il est impossible de renoncer au Réel puisqu’immanence radicale il est insaisi, insaisissable, nous ne pourrions que le masquer (comme le fait la Vérité) et de ce fait abandonner la pratique en Réel : la posture non-philosophique.Contester le Réel – immanence radicale – c’est assurément contester la  non-philosophie. Ce qui n’a en soi rien de contestable mais revient pour la non-philosophie à faire de la philosophie.
L’ « obsession de la Rigueur » qu’a la non-philosophie et qu’elle revendique n’est pas une maladie, mais la constatation que la non-philosophie fait sur elle-même qu’il existe une pratique (un geste prime ) qui donne-sans-donation des pratiques qui sont autant d’actes de foi et une pratique seconde qui pratique en Réel ces pratiques données-sans-donation. Or si les secondes peuvent être identifiées comme causées et sont nécessairement rigoureuses de ce simple fait, les premières disposent de la liberté (de l’) Homme. Il n’existe aucune contrainte à leur donation en dehors d’être des décisions (pratiques et matériaux). Et, si elles causent en rigueur la pratique seconde, comme acte de foi elles ne peuvent revendiquer que celle d’être « en-Réel ». 
La simplification qui peut résulter parfois de la mise en pratique de la non-philosophie sur un objet mondain, n’est pas due à la non-philosophie elle-même (du moins si la décision est bien la forme Réelle de la philosophie), mais à la limitation du philosophe qui génère un matériau tronqué « pour les besoins de la cause ». Le même objet pourra donc être décrit différemment par différentes philosophies.  Ce qui n’admet aucune synthèse est « acte de foi » : pratique en Réel (du) Réel qui donne ce matériau, cette décision.  En résumé, la non-philosophie ne peut être qualifiée de discipline dans aucune des acceptions du mot, mais est assurément une pratique en Réel. Une pratique en Réel qui donne… et en tant que pratique radicale et non pratique absolue, la non-philosophie devrait tout comme la philosophie être dénommée la-non-philosophie, puisqu’elle nécessite la donation d’un Monde (même s’il ne s’agit pas nécessairement d’un Monde en Vérité). Et que ces Mondes sont aussi multiples que les non-philosophes (et même plus, puisque rien n’empêche un non-philosophe de pratiquer plusieurs Mondes).
Une pratique, qui même lorsqu’elle se fait en groupe, reste une pratique individuelle car il est impossible d’imposer à un non-philosophe des « actes de foi » qu’il ne désire pas pratiquer. Même si la posture reste commune – d’une communauté qui n’est pas un partage, mais une duplication (sans que l’identité de cette duplication puisse être vérifiée autrement que par ses effets) -, la pratique est propre à son « exécuteur ».

 [LJM1]Le coté obscur de la force (de) pensée 😉


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