La raison contre l’intuition ?

Austere lumiere
  

La non-philosophie donne-sans-donation le Réel et dans le même geste la Philosophie. Une forme de donation de ce genre instantanée, complète et exacte est couramment considérée comme de l’intuition. Ce qui classerait de facto la non-philosophie dans l’intuitionnisme. D’autant plus facilement qu’elle nie la capacité de la philosophie d’atteindre au Réel, et qu’elle ne lui accorde que la capacité à appréhender une hallucination logosgique, mathématique (et machinique).

Pourtant, simultanément à ce donné, la non-philosophie revendique une rigueur radicale.

I.1    Le statut du donné-sans-donation et de l’intuition

Le donné-sans-donation ne peut, cependant, être considéré comme une faculté pré-rationnelle participant de l’intuition sensible puisqu’il ne tire pas du Monde sa pratique.

Il n’en est pas plus une aptitude supra-rationnelle :

·        Ce n’est pas une intuition pure, car quelle serait la forme a priori d’une sensibilité à un Monde non encore donné ? Même l’espace et le temps ne sont pas « nécessaires » à la pratique non-philosophique. D’une manière générale, la « chose en soi » est pour la non-philosophie de l’ordre de la philosophie et non du Réel (qui ne peut être désigné).

·        ni une intuition d’essence, aucune appréhension immédiate par les sens n’étant déterminée par le donné-sans-donation, qui au contraire permet la pratique en Réel – immanence radicale – insaisissable, indésignable, in-causé. Si le Réel est Vécu, ce n’est pas ce Vécu qui donne-sans-donation. Où plutôt, depuis la posture de la pratique du donné, aucune cause Vécue ou autre ne peut être déterminée.

·        Ni une intuition mystique, même si la non-philosophie à la forme de la religion. Car elle n’affirme atteindre la connaissance ni de la totalité, ni de l’absolu, ni de l’Etre, ni de Dieu(x), ni même du Réel. Monobstant son assertion d’être « En Réel ».

Le donné-sans-donation n’est pas plus une intuition intellectuelle, le donné-sans-donation permettant la pratique du Réel et du Monde.

Il ne s’oppose pas non plus au mode de prise scientifique fondé sur l’induction et la déduction.

I.1.1           Donné-sans-donation n’est pas en Vérité

Cependant, le donné-sans-donation n’obéît pas non plus aux prémisses d’Aristote. Il ne nécessite ni la donation préalable d’une Vérité, ni celle du tiers exclus. Une telle attitude pourrait laisser penser que si le donné-sans-donation n’est pas consistant et ne dispose pas à priori de la négation son contenu est trivial (et donc sans intérêt).

Mais la non-philosophie montre que la rigueur ne vient pas des principes posés a priori mais de l’identification de la pratique de transformation transcendantale. C’est parce que les pratiques praticables en pratique (sic) ne permettent pas toutes les pratiques mais seulement celles de la-philosophie donnée et que ces pratiques sont en identité identifiées.

I.1.2          L’intuition non-philosophique est liberté

Aucune limite autre que formelle n’est demandée au donné-sans-donation, et ces limites formelles ne sont que les conditions de la rigueur :

·        donné-sans-donation (du) Réel – immanence radicale – et dans le même geste de la-philosophie – pratiques et décisions – .

·        la-philosophie est donnée en identité, de manière explicite et formelle.

·        Aucun retour, pli, cause, dépassement, suppression ou ajout du donné-sans-donation ne peut être pratiquée en « cette-fois-ci ».

·        La non-philosophie est « en pratique ».

Si ces conditions sont suffisantes à la non-philosophie, ils ne lui communiquent pas leur suffisance. Si l’intuition non-philosophique est définie comme le donné-sans-donation (de) l’Homme en pratique du Monde, celle-ci défini bien une liberté qui  n’a rien de suffisant.

I.2   dogmatisme

Il est clair que cette liberté sans suffisance est l’antithèse du dogmatisme. Cependant il est tout aussi clair que la non-philosophie a une apparence dogmatique.

I.2.1          le donné-sans-donation est « acte de foi »

Cette apparence est due à la pratique non-philosophique que est « une-fois-chaque-fois »,  or pendant une pratique de « cette-fois-ci », rien ne peut agir, causer, modifier ce qui est « donné-sans-donation ».

La pratique en « cette-fois-ci » est dogme et acte de foi. Elle forme un chemin dont l’identité est appelée Destin. Mais ce même chemin est cause de la rigueur, parce que la cause est pratique en philosophie – en Monde – et que la conséquence est identifiée. 

I.2.2         Fondamentalisme ?

Mais là où l’on s’attendrait a du fondamentalisme, l’on ne trouve plus de fond, car si – du point de vue de la philosophie – le Réel est cause en dernière identité, du point de vue de la non-philosophie ce Réel n’est plus un terme. S’il peut être vu comme symbole depuis la pratique philosophique, marque de connaissance et de reconnaissance, manifestant et figurant un caché – dé-couvert, depuis la pratique en Réel, il n’est plus « que » pratique en pratique.

Depuis la posture non-philosophique, ce n’est plus le Réel qui est symbole, mais la-philosophie qui est simbole.

I.3   Fusion de l’intuition et de la raison

La non-philosophie représente donc la fusion en toute rigueur et… pour constituer cette rigueur même de l’intuition et de la raison. Une intuition raisonnée qui en pratique devient une intuition raisonnable.

I.3.1          L’immanence radicale une altérité raisonnée

La non-philosophie démontre que pour une pratique en rigueur, qui obéit à la causalité et à la logique, il est nécessaire de pratiquer un donné, un donné formel et explicite.

Il est aussi nécessaire de disposer d’une origine ou d’un fondement.

Mais elle démontre également que quelque soit cette origine ou ce fondement, un autre peut être mis en pratique. Or si le fondement est fait par le Tout alors nous perdons la rigueur, et le Rien ne fonde pas.

Le Réel, le Réel radical, celui qui détermine en dernière identité la philosophie – le Monde -, ne peut ainsi être qu’autre. Altérité radicale. Pas l’Autre, qui est mon Autre ou mon Autrui, mais cette identité qui ne peut être rien d’autre sans être rien.

Seulement une altérité radicalement absolue ne pourrait rien déterminer du Monde – même sur un mode hallucinatoire – il faut donc que l’altérité radicale pratique le Monde.

Le Réel est donc immanence, immanence radicale, et le Monde pratique en Réel.

I.3.2         Une raison sans intuition n’est pas raisonnable

La raison est identification de la chaîne causale, mais ne permet la détermination de la dernière identité. La raison nécessite un départ qu’elle ne peut se fournir à elle-même.

L’intuition non-philosophique, bien qu’elle ne soit ni infaillible puisque ne reposant pas sur la complétude, ni démontrable puisque incausée, ne reposant pas sur la vérité et la certitude mais sur la capacité a douter, permet l’inférence et la compréhension comme la science.

L’intuition, comme forme de liberté qui donne identité (à l’)autre est ainsi la source de la Raison.

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